Le Comité budgétaire européen est d'avis qu'une orientation budgétaire expansionniste au niveau de la zone euro pour 2022 est « appropriée » en raison des incertitudes liées à l'évolution de la pandémie de Covid-19, dans un rapport publié mercredi 16 juin (EUROPE 12678/5).
Une telle orientation est permise par une persistance des déficits publics excessifs sans conséquence réglementaire pour les pays de la zone euro combinée à la montée en puissance du financement via le Plan de relance européen Next Generation EU.
Néanmoins, « le défi posé à la reprise économique requiert plus qu'un niveau agrégé de soutien budgétaire », souligne-t-il. Il insiste sur « la composition » des dépenses budgétaires qui, au fur et à mesure de la reprise économique, devraient progressivement évoluer d'une aide d'urgence vers des dépenses propices à la croissance et ciblées sur les secteurs d'activité ayant le plus souffert de la pandémie.
Début juin, la Commission européenne a recommandé de poursuivre l'activation de la clause dérogatoire générale du Pacte de stabilité et de croissance jusqu'à fin 2023 (EUROPE 12732/1).
Présentant le rapport du comité, son président, Niels Thygesen, a anticipé le fait que la création de richesses en zone euro devrait retrouver en 2022 son niveau d'avant-crise. D'importantes divergences existent en fonction des États membres, a-t-il constaté, l'Italie étant la moins bien placée pour y parvenir.
Interrogé sur la réforme des règles budgétaires européennes, M. Thygesen a prôné une reprise de la réflexion à l'automne afin de parvenir à des orientations claires, voire l'adoption de nouvelles règles, dès la désactivation de la clause dérogatoire du Pacte.
La gestion des niveaux élevés de dette publique, gonflés par les dépenses engendrées pour affronter la pandémie, devra constituer un des éléments clés de cette réforme.
Il conviendra de « définir un rythme satisfaisant de réduction de l'endettement » qui soit « efficace, réalisable et crédible » aux yeux des marchés, a dit le président du comité. Ce rythme d'ajustement, qui serait différencié selon les pays, reviendrait à fixer un niveau de dépenses annuelles en fonction du niveau de dette observé.
Au sein de la zone euro, sept pays ont affiché un niveau de dette publique supérieur à 100% du PIB fin 2020 : la Grèce (205,6%), l'Italie (155,8%), le Portugal (133,6%), l'Espagne (120,0%), Chypre (118,2%), la France (115,7%) et la Belgique (114,1%).
Dans ce débat, certains experts attachent plus d'importance à l'analyse de la soutenabilité de la dette dans le temps qu'au niveau de dette en valeur absolue. Ils pointent le fait que les États ont augmenté la maturité des titres de dette arrivant à échéance et que les taux d'intérêt faibles actuels diminuent le service de la dette. Reste à savoir sur quelle durée ces taux demeureront avantageux.
Voir le rapport du comité européen : https://bit.ly/3gTc6IX (Mathieu Bion)