Les commissions des affaires économiques et monétaires (ECON) et des affaires juridiques (JURI) du Parlement européen ont interrogé plusieurs experts, mardi 23 mars, sur les leçons à tirer du scandale comptable qui a frappé le fournisseur de services de paiement allemand ‘Wirecard’ en 2020 (EUROPE 12512/15).
Début mars, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a rendu une série de recommandations de modification de la directive 'Transparence' à la Commission européenne, à la suite de cette affaire (EUROPE 12670/13).
Aux yeux de Katja Langenbucher, professeur à l’Université Goethe de Francfort et auteur d’une étude réalisée pour la commission ECON sur les implications de ce scandale (EUROPE 12597/17), il ne faut pas nécessairement ajouter de nouvelles règles, mais plutôt s’attaquer aux problèmes de mise en œuvre des règles actuelles.
Son étude recommande notamment la mise en place d’un superviseur européen unique des marchés des capitaux. Une architecture en étoile qui préserverait le rôle des agences nationales en tant qu'autorités compétentes, mais les obligerait à rendre compte à un seul centre européen, serait, selon elle, une bonne option.
Les « Big Four » dans le viseur
Les eurodéputés ont aussi interrogé les experts sur la nécessité d'une réforme des règles européennes sur l’audit, avec dans leur ligne de mire la concentration de l'influence au sein des « Big Four » (PwC, Deloitte, EY et KPMG).
Selon Matthias Hauer, membre du Bundestag allemand et de la commission d'enquête mise en place sur l’affaire ‘Wirecard’ en Allemagne, l’UE gagnerait en effet à créer un cadre pour permettre à d’autres cabinets d’audit de participer à ce marché.
Dan McCrum, un des journalistes d’investigation du Financial Times qui a contribué à faire la lumière sur cette affaire, a souligné les erreurs manifestes commises par EY. « La comptabilité de Wirecard était en partie frauduleuse depuis au moins 2010 et peut-être même avant », a-t-il pointé.
Selon lui, il faut une réforme des règles d’audit, avec une rotation plus régulière des auditeurs et une séparation claire entre les volets ‘audit’ et ‘consultance’ pour éviter les conflits d'intérêts.
Pour éviter que ce soit l’entreprise qui finance elle-même la société d’audit qui va la contrôler, une option serait de demander aux grandes entreprises de verser une cotisation à un fonds, qui ensuite rémunérerait les sociétés d’audit et ferait ainsi office d’écran, selon Daniela Bergdolt, porte-parole de l’association allemande d'investisseurs privés Deutsche Schutzvereinigung für Wertpapierbesitz e.V. (DSW).
Dans un communiqué envoyé avant l’audition, le député Markus Ferber (PPE, allemand) a estimé, de son côté, que l’affaire ‘Wirecard’ était une « défaillance idiosyncrasique d'un superviseur et non une défaillance systématique de la supervision ou de la réglementation européenne ». Selon lui, les appels à un superviseur européen ou à une réforme du secteur de l'audit ne sont donc pas la réponse appropriée. (Marion Fontana)