La négociatrice en chef de l'Union européenne pour les vaccins anti-Covid-19, Sandra Gallina, n'a pas caché son agacement face au comportement d'AstraZeneca. S'exprimant devant les eurodéputés de la commission des budgets le 23 mars, elle a également laissé entendre que les contrats encore tenus secrets allaient bientôt être publiés et qu'un septième et dernier contrat, avec Novavax cette fois, pourrait s'ajouter au portefeuille actuel de l'UE.
L'UE utilisera tous les outils possibles vis-à-vis d'AstraZeneca
« La mauvaise performance d'AstraZeneca a entâché notre réputation à tous, la Commission et les États membres », a déclaré Mme Gallina, tandis que le vice-président de l'institution européenne, Maroš Šefčovič, confirmait dans la journée qu'AstraZeneca « continuait de sous-livrer l'UE ».
Au premier trimestre, l'entreprise anglo-suédoise a livré 30 millions de doses contre les 90 millions initialement promises et, au deuxième trimestre, elle devrait en livrer 70 millions au lieu de 180 millions (EUROPE 12680/2).
Mme Gallina a souligné qu'AstraZeneca ne produisait actuellement des doses qu'à partir d'une seule usine, alors que les contrats en identifient cinq. « En ce sens, l'entreprise n'est pas vraiment dans une bonne position pour se défendre », a-t-elle déclaré, ajoutant que l'UE utiliserait tous les outils à sa disposition pour qu'AstraZeneca respecte ses engagements.
La Commission a d'ailleurs initié une procédure officielle de mise en demeure dans le cadre du contrat qui la lie au laboratoire (EUROPE 12681/2).
Difficultés sur la répartition du peu de doses disponibles
Le non-respect de ses engagements par AstraZeneca a mis les États membres sous pression, qui sont nombreux à faire face à une nouvelle flambée de cas. Lors de son intervention devant les eurodéputés, Sandra Gallina a toutefois rappelé que la répartition des doses négociée par la Commission au nom des États membres avait été décidée par les Vingt-sept eux-mêmes.
Elle a noté qu'en dépit du mécanisme de répartition des doses proposé par la Commission européenne (au prorata de la population), les États membres avaient souvent commandé moins de doses que ce qui leur revenait. Le mécanisme de pré-achat a donc fonctionné parce que d'autres États membres ont accepté de s'engager sur ce surplus, a souligné Sandra Gallina en réaction aux critiques de certains États membres selon lesquelles le mécanisme européen était « injuste » (EUROPE 12683/23).
Pour le reste, Mme Gallina a insisté sur les problèmes liés au marché noir des vaccins anti-Covid-19. Elle a également souligné que le contrat d'achat anticipé actuellement négocié avec Novavax pourrait être le dernier conclu par l'UE.
Quant au vaccin russe Spoutnik V, qui a déjà fait l'objet de commandes bilatérales de la part de plusieurs États membres, elle a rappelé l'examen en continu mené par l'Agence européenne du médicament (EMA). Et d'ajouter que plusieurs pays de l'UE allaient occuper la fonction de « rapporteurs » et qu'un « rapporteur principal » serait chargé de mener des visites sur les lieux de production.
De son côté, la directrice exécutive de l’EMA, Emer Cooke, qui s'exprimait le même jour en commission de la santé publique du Parlement européen, a affirmé que des inspections des usines de fabrication et des sites cliniques en Russie étaient en cours.
Transparence des contrats
Par ailleurs, Mme Gallina a laissé entendre que les deux derniers contrats encore confidentiels, que la Commission européenne a conclus avec des fabricants de vaccins anti-Covid-19, seraient bientôt rendus publics. Selon elle, cette situation se justifie par des problèmes techniques.
Mardi, la Médiatrice européenne, Emily O'Reilly, a bouclé son enquête sur le flou entourant l'équipe de négociation des contrats d'achat anticipé. Si elle accepte l'argument selon lequel les noms des membres ne peuvent être divulgués au vu de la législation sur la protection des données, elle a toutefois appelé la Commission à publier des informations générales, comme par exemple leur nationalité. (Sophie Petitjean)