La ministre portugaise de l'Agriculture, Maria do Céu Antunes, est d'avis que le mois de mars sera « crucial » dans le processus de négociation sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), « car nous nous rapprochons de la phase d'un accord ». Dans une interview écrite accordée à EUROPE mardi 2 mars, la présidente en exercice du Conseil 'Agriculture' annonce l'organisation, en mars, d'un 'super trilogue' (entre les trois institutions de l’UE) sur les trois textes de la réforme de la PAC (propos recueillis par Lionel Changeur)
Agence Europe - Dans les négociations sur la politique agricole commune (PAC), les rapporteurs au PE regrettent le manque de marge de manœuvre au Conseil pour négocier sur les plans stratégiques. Comment comptez-vous conduire les débats afin de faire progresser le dossier ?
Maria do Céu Antunes - La Présidence portugaise du Conseil entend mener à bien la négociation sur la PAC, ce qui nécessite un calendrier exigeant de débats pour parvenir à un accord interinstitutionnel au printemps. Ce calendrier est adéquat pour permettre la mise en œuvre des plans stratégiques de la PAC dans chaque État membre à partir de janvier 2023.
En tant que représentante des intérêts de tous les États membres, la Présidence portugaise du Conseil est toujours disponible pour promouvoir un rapprochement vers les positions politiques du Parlement européen et de la Commission européenne, ce qui exige un esprit d'engagement et de responsabilité de toutes les parties.
J'insiste sur le fait que le mois de mars sera crucial pour la planification du processus de négociation, car nous nous rapprochons de la phase d'un accord. Je vais donc promouvoir un ensemble d'initiatives. Je vais rencontrer le président de la commission de l'agriculture et du développement rural du Parlement européen et le commissaire européen à l’Agriculture. Je prévois d'organiser un ‘super trilogue’ portant sur les trois règlements après la réunion du Conseil Agriculture de mars.
Prévoyez-vous toujours de conclure les trilogues sur la PAC sous votre Présidence ?
Nous y travaillons, en planifiant des réunions techniques et des trilogues entre les trois institutions en vue d’une évaluation complète et systématique des trois règlements qui composent la réforme de la PAC. Dans ce contexte de pandémie, je souligne l'engagement des trois institutions qui ont tenu plus de 45 réunions.
Je suis optimiste quant au fait que le mois de mars sera un mois décisif pour relancer les négociations. Chaque partie devra faire des concessions en vue de parvenir à un accord politique, espérons-le, en mai.
Il est essentiel que cet accord soit conclu à court terme. Ce n'est qu'alors que les conditions seront réunies pour que cette réforme de la PAC se concrétise et que la prévisibilité nécessaire sera donnée aux agriculteurs européens.
Cette réforme est fondamentale pour la transition environnementale et numérique, en promouvant une agriculture plus verte et plus résistante, en contribuant au développement des zones rurales et au renforcement structurel du système agroalimentaire européen et en garantissant notre autonomie stratégique.
Que pensez-vous des recommandations de la Commission (pays par pays) sur les futurs plans stratégiques ? Sont-elles réalisables ?
La Commission européenne a développé le ‘dialogue structuré’ dans le cadre duquel, à la fin de 2020, elle a émis une série de recommandations sur tous les objectifs spécifiques des plans stratégiques de chaque État membre.
Cet exercice de dialogue et d'alignement des objectifs généraux du Pacte vert européen avec la réalité spécifique de chaque État membre nous semble être une option efficace et réaliste.
Les débats sur le nouveau modèle de mise en œuvre de la PAC sont difficiles. Comment comptez-vous vous y prendre pour faciliter un compromis ?
Le 'modèle de performance' est un élément essentiel de la réforme de la PAC, qui suppose le passage d'un contrôle de la PAC fondé sur la conformité à une évaluation de la politique axée sur ses résultats.
Dans ce contexte, nous travaillons ensemble à l'amélioration (du modèle de mise en œuvre), mais sans compromettre les principes sur lesquels le modèle a été conçu, en prenant pour principe une vision globale de la PAC en tant que politique commune.
Pensez-vous que l’UE devrait élargir la palette d’instruments disponibles pour gérer les crises agricoles ?
La PAC dispose d'un large éventail d'instruments pour tenir compte de la volatilité inhérente au secteur et soutenir le maintien du revenu des agriculteurs, tels que les mesures de marché et les paiements directs dans le premier pilier (aides directes), et des outils de gestion des risques dans le deuxième pilier (développement rural). Ces instruments permettent la mise en œuvre de mesures de prévention des risques et de compensation en cas de pertes.
Les ressources financières allouées à la PAC, dans le 1er pilier, consacrent le rôle fondamental que jouent les paiements directs dans la stabilisation du revenu agricole.
Les mesures actuelles de gestion des crises peuvent toujours être améliorées, mais la création de nouveaux instruments ou leur extension impliqueraient une réévaluation de la répartition des ressources financières déjà allouées à la PAC.
Vous avez indiqué récemment au Parlement européen que vous alliez examiner avec vos homologues de l’UE la question du transport maritime d’animaux vivants vers les pays tiers. Quelles initiatives seront prises ?
Comme je l'ai mentionné au Parlement européen, le Conseil a encouragé la Commission à revoir et à mettre à jour le règlement (CE) n° 1/2005.
La Présidence portugaise contribue à cette révision par le biais d'un questionnaire exhaustif visant notamment à identifier les possibilités d'amélioration du transport maritime de longue distance d'animaux vivants vers les pays tiers.
Ce questionnaire a été envoyé aux autorités compétentes des États membres au début du mois de février. Sur la base des réponses à ce questionnaire et des débats qui suivront au sein des instances préparatoires du Conseil, nous serons en mesure de définir des lignes d'action possibles.
L'accord commercial avec le Mercosur a récemment été critiqué par le Copa-Cogeca et certains pays de l'UE. Pourquoi alors est-il nécessaire d'achever le processus de ratification d'un accord qui affaiblit certains secteurs de l'UE déjà en difficulté ?
L'application d'un 'instrument supplémentaire' qui se concentre sur le domaine de l'environnement et qui accompagne l'accord est en cours d'analyse. Il vise à apporter une sécurité supplémentaire dans ce domaine.
Notre priorité est de voir comment le Conseil 'Agriculture' peut créer les conditions nécessaires pour rendre cet accord acceptable pour les États membres, par exemple en demandant à l'autre partie de fournir les garanties nécessaires à la bonne application des objectifs en matière de développement et de sécurité alimentaire.