Les ministres des pays alliés n’ont pas pris de décision concernant la poursuite ou la fin de la mission de l’OTAN en Afghanistan, a annoncé le secrétaire général, Jens Stoltenberg, à l’issue de la visioconférence de l’Alliance.
Selon l’accord passé l’an dernier entre les États-Unis et les talibans, si ces derniers respectent leurs engagements, les troupes étrangères doivent quitter l’Afghanistan le 1er mai au plus tard. Mais la situation sécuritaire sur le terrain reste très critique, notamment en raison d’attaques des talibans.
« Nous faisons face à de nombreux dilemmes et il n’y a pas d’options faciles. À ce stade, nous n’avons pas pris de décision définitive sur l’avenir de notre présence », a-t-il expliqué, tout en reconnaissant que le 1er mai approchait. Les Alliés vont donc continuer à se consulter dans les prochaines prochaines.
Sur ce point, M. Stoltenberg a rappelé que le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, avait expliqué que son pays consulterait les Alliés et se coordonnerait sur la décision à prendre. « Nous sommes venus en Afghanistan ensemble, alliés, pays partenaires et les États-Unis, après le 11 septembre. Nous avons pris des décisions pour ajuster notre présence ensemble et nous prendrons la décision, quand le moment sera venu, de partir ensemble », a souligné le secrétaire général. Il a ajouté que la majorité des 10 000 militaires encore présents pour la mission dans le pays n'étaient pas américains.
Le secrétaire général a mis l’accent sur la nécessité de progresser dans le processus politique. « Il y a encore du temps pour avoir un accord politique », a-t-il estimé, tout en reconnaissant que « les discussions sont fragiles et les progrès lents ». Pour lui, il est donc « impératif de redynamiser le processus de paix ». « Toutes les parties doivent saisir cette occasion historique de parvenir à un règlement pacifique, sans plus attendre. Les talibans doivent négocier de bonne foi, réduire le niveau élevé de violence et respecter leur engagement de cesser de coopérer avec les groupes terroristes internationaux », a-t-il exigé.
Irak. Concernant l’Irak, les ministres ont décidé d’accroître sensiblement la taille de la mission de formation de l’OTAN, actuellement sous commandement danois, « afin de soutenir les forces irakiennes dans leur lutte contre le terrorisme et de garantir que l'organisation État islamique ne reviendra pas », a expliqué M. Stoltenberg. La mission devrait ainsi passer de 500 à environ 4 000 hommes. Selon le secrétaire général, les activités de formation incluront désormais davantage d’institutions de sécurité irakiennes et s’étendront dans des zones au-delà de la capitale, Bagdad.
« Notre présence est conditionnelle et l'augmentation des effectifs sera progressive », a prévenu M. Stoltenberg. Il a rappelé que la mission était menée à la demande du gouvernement irakien, « dans le plein respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Irak », en pleine consultation avec les autorités irakiennes et en étroite coordination avec la coalition mondiale.
Mercredi, le secrétaire général avait condamné l’attaque contre une base aérienne accueillant des soldats américains, à Erbil (EUROPE 12660/17).
OTAN 2030. Le même jour, lors de leur première session de travail, les ministres de la Défense s’étaient entretenus sur le futur de l’Alliance à l’horizon 2030, en débattant des propositions du secrétaire général (EUROPE 12658/8).
« Nous avons eu un excellent début de discussion pour établir un programme substantiel et tourné vers l'avenir pour le sommet de l'OTAN, assurer un avenir plus pacifique et plus prospère grâce à une Alliance transatlantique forte », avait souligné M. Stoltenberg à l’issue de la première journée de réunion.
Il a ajouté qu’il proposait que les chefs d’État et de gouvernement, lors de leur sommet de cette année, se mettent d’accord pour actualiser le concept stratégique de l’Alliance, dont la dernière mise à jour date de 2010.
Depuis lors, « l'environnement de sécurité auquel nous sommes confrontés a fondamentalement changé », a rappelé M. Stoltenberg, justifiant ainsi l’actualisation. Selon lui, dans l'actuel concept stratégique, le changement de l'équilibre des pouvoirs et les conséquences de l'essor de la Chine sur la sécurité, tout comme le changement climatique, ne sont pas ou peu mentionnés. « Nous devons nous engager à nouveau à respecter nos valeurs fondamentales et nous devons utiliser le concept stratégique pour renforcer davantage le lien entre l'Amérique du Nord et l'Europe », a-t-il ajouté.
Dépenses. Les Alliés avaient également discuté des dépenses de défense (EUROPE 12586/24). S’ils font des progrès pour respecter la règle de 2% du PIB national (neuf États devraient atteindre cet objectif cette année), « nous devons tous tenir les engagements que nous avons pris et continuer à investir dans notre défense et à accroître l'état de préparation de nos forces », a expliqué M. Stoltenberg. L’objectif est que les dépenses de défense représentent 2% du PIB dans tous les pays alliés d’ici 2024.
Coopération. Enfin, les Alliés s’étaient entretenus avec leurs homologues finlandais et suédois et le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité afin de partager leurs points de vue sur les défis communs et les relations transatlantiques et sur la nécessité pour l’Europe et l’Amérique du Nord de travailler étroitement ensemble.
« La relation transatlantique est le partenariat stratégique le plus indispensable de l'UE, fondé sur des liens historiques, des valeurs communes et des intérêts de sécurité. La coopération entre l'UE et l'OTAN a fait du chemin. Faisons un pas de plus en 2021 », a commenté pour sa part sur Twitter le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell. (Camille-Cerise Gessant)