Le dissident russe Alexeï Navalny devait s'exprimer, ce mardi 19 janvier, lors d'une audition organisée par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe dans le cadre d'un rapport sur son empoisonnement en août. Arrêté dès son arrivée à Moscou dimanche dernier, il n'a pas été autorisé à le faire par les autorités russes, qui ont, pour leur part, refusé de participer à cet événement en ligne et d'y exprimer leur point de vue comme elles avaient été invitées à le faire. La commission des affaires juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée, réunie autour du rapporteur français Jacques Maire (ADLE), a cependant pu entendre Leonid Volkov, bras droit du dissident, ainsi que Christo Grozev, journaliste en charge de l'affaire pour le site d'investigation en ligne « Bellingcat » basé aux Pays-Bas.
Le refus des autorités russes de mener une enquête pour empoisonnement et de collaborer avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) justifie que le Conseil de l'Europe se saisisse de cette affaire, a précisé Jacques Maire. Il a également rappelé que l'arrestation de Navalny foulait aux pieds l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme rendu en 2018, qui considérait que les poursuites répétitives menées à l'encontre de l'opposant avaient un « mobile politique ».
La commission a donné son accord pour un voyage de Jacques Maire en Russie afin de poursuivre l'enquête entamée en novembre. Reste à voir si Moscou le permettra, a-t-il été souligné.
« Le crime de Navalny, c'est d'avoir osé survivre », car, « quand il marche, le poison Novitchok est indétectable », a déclaré pour sa part Leonid Volkov. « Aujourd'hui, Alexeï est aux mains de ceux qui l'ont empoisonné » et « la responsabilité de le soutenir est partagée entre la communauté européenne et les Russes, à qui il revient de défendre leurs droits dans la rue ».
Christo Grozev, quant à lui, a rappelé aux membres de la Commission les tenants et aboutissants d'une enquête sur l'utilisation du Novitchok en Russie, entamée trois ans avant l'empoisonnement de Navalny. Il a pointé le centre « Signal » de Moscou, « chargé du développement des armes chimiques sous la couverture d'une activité civile: la production de boissons énergisantes ».
« Nous avons identifié trois empoisonnements mortels et nous publierons une enquête à ce propos dans les prochains jours », a-t-il annoncé. (Véronique Leblanc)