Les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de l'Union européenne auront plusieurs sujets de politique étrangère sur la table, lors de leur sommet des 10 et 11 décembre.
Le plus épineux, débattu dans lors du dîner de jeudi, portera sur les relations avec la Turquie. Lors de leur sommet d’octobre (EUROPE 12572/1), les dirigeants avaient laissé un délai à Ankara pour cesser ses actions illégales à l’égard de Chypre et de la Grèce.
Deux mois plus tard, les Européens sont d’accord, selon le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, pour dire que la situation ne s’est pas améliorée (EUROPE 12617/35). Mais les Vingt-sept semblent encore divisés sur la manière d’y répondre. « Tous les États membres ne sont pas sur la même longueur d’onde sur la manière de traiter la Méditerranée orientale », a reconnu une source. Selon elle, mercredi 9 décembre, les négociations étaient toujours en cours. « Il y a différentes propositions sur la table (…), nous essayons de trouver un équilibre dans la relation (avec la Turquie), un équilibre entre les États membres », qui n’ont pas tous les mêmes intérêts envers la Turquie, a expliqué cette source, qui a rappelé qu’il s’agissait d’« un sujet et de négociations difficiles ».
Un diplomate a précisé que l'objectif du Conseil européen était double : poser des limites et, donc, organiser une discussion entre les dirigeants sur l'adoption de sanctions et rester saisi de la question et continuer, « au fil de ses réunions, d'examiner la nature de la relation entre l'UE et la Turquie en se donnant là encore la possibilité d'adopter des mesures, si la Turquie persistait dans la voie actuelle ».
Les dirigeants pourraient donc décider d’ajouter des noms à la liste des personnes et entités sanctionnées par l'UE en lien avec des activités de forage non autorisées menées par la Turquie en Méditerranée orientale, et d’élargir le champ d’application des mesures, selon une source européenne. Ces sanctions, qui datent de 2019 et concernent actuellement deux personnes, ne portent que sur des forages non autorisés par Chypre (EUROPE 12435/4).
Selon un projet de déclaration vu par Reuters, les dirigeants demanderaient aussi à la Commission européenne et au Haut Représentant de l’UE de préparer « des options sur la manière de procéder » pour le Conseil européen de mars.
Renforcer les relations transatlantiques
Les dirigeants discuteront aussi, jeudi soir, de l’avenir des relations transatlantiques, alors que les grands électeurs américains éliront officiellement Joe Biden 46e président des États-Unis le 14 décembre.
« Après les élections, nos relations avec les États-Unis entreront dans une nouvelle phase et nous devrions jeter les bases d'un partenariat fort et égalitaire », a expliqué le président du Conseil européen, Charles Michel, dans sa lettre d’invitation aux dirigeants européens.
Dans des conclusions, ces derniers devraient rappeler « l'importance d'un partenariat transatlantique stratégique fort, fondé sur des intérêts communs et des valeurs partagées ». Selon eux, un tel partenariat est particulièrement important, étant donné la nécessité de s'attaquer aux défis mondiaux urgents. « L'UE se réjouit de collaborer avec les États-Unis, en particulier pour renforcer la réponse mondiale à la lutte contre la pandémie de Covid-19, s'attaquer au changement climatique, favoriser la reprise économique, coopérer en matières numérique et technologique, renforcer les échanges mutuels, régler les différends commerciaux et réformer l'OMC, promouvoir le multilatéralisme ainsi que la paix et la sécurité », énumèrent les conclusions. Contrairement à leurs ministres, lundi, les dirigeants ne devraient pas mettre en avant la volonté d'autonomie stratégique de l'UE, qui viendrait renforcer le partenariat transatlantique (EUROPE 12617/1).
Les dirigeants devraient aussi souligner leur disponibilité à discuter des priorités communes avec le nouveau président des États-Unis. Lors d’un entretien téléphonique, le 23 novembre, le président du Conseil européen, Charles Michel, a invité M. Biden à une réunion spéciale avec les membres du Conseil européen à Bruxelles en 2021 (EUROPE 12607/7).
Renouveler les sanctions contre la Russie
Comme à chaque Conseil européen de juin et décembre, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, feront le point sur la mise en œuvre des accords de Minsk et le Conseil européen sera appelé à se prononcer sur la prolongation ou non, pour six mois, des sanctions économiques à l’encontre de la Russie (EUROPE 12516/26). Ces mesures, introduites en 2014 en raison du conflit dans l’est de l’Ukraine et toujours renouvelées depuis lors, courent jusqu’au 31 janvier 2021.
Relancer le partenariat avec les pays méditerranéens
Enfin, vendredi, les dirigeants devraient se pencher sur les relations de l’UE avec son voisinage sud, « une région essentielle pour nos intérêts stratégiques », selon M. Michel, qui souhaite que le Conseil examine les façons de faire « revivre » et de donner une nouvelle dimension au partenariat de l’UE avec cette région.
Les dirigeants devraient donc, dans leurs conclusions (EUROPE 12618/5), souligner leur volonté de relancer, de mettre en valeur et de développer ce partenariat. Pour cela, le Conseil entend notamment élaborer un nouvel agenda fondé sur des priorités partagées et qui mettrait l'accent sur des réponses méditerranéennes spécifiques et une gestion partagée dans des domaines tels que l'environnement, la connectivité, l'éducation et la culture et les ressources naturelles. La lutte contre la Covid-19, le renforcement de la résilience des économies et des sociétés, des opportunités pour les jeunes, la préservation de la sécurité collective et les questions de mobilité et de migration sont des sujets de coopération mentionnés par le projet de conclusions.
Pour le Conseil européen, la future communication commune de la Commission et du Haut Représentant de l’UE sur un partenariat renouvelé avec le voisinage méridional devrait déclencher « un nouveau niveau de dialogue politique dans toute la Méditerranée » et conduire à une coopération renforcée. (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)