Le directeur des programmes d’observation terrestre de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, devrait être le prochain directeur général de cette agence, selon nos informations obtenues jeudi 26 novembre.
À la suite d’un entretien réussi le 17 novembre, il aurait été élu mardi soir par 18 des 22 États membres que compte l'Agence. Il faisait face au ministre espagnol chargé de la Science, Pedro Duque, et au norvégien Christian Hauglie-Hanssen (EUROPE 12592/33). Il prendrait ainsi la succession de l’Allemand Jan Wörner à la mi-2021.
Son élection serait une bonne nouvelle aux yeux de certains observateurs, notamment dans le contexte des houleuses négociations de la convention-cadre de partenariat (Financial framework partnership agreement - FFPA). Celles-ci opposent la Commission européenne et l’ESA depuis plus d’un an, les deux parties n’étant toujours pas en mesure de trouver un accord sur les modalités de leur partenariat dans le cadre du programme spatial de l’UE (EUROPE 12606/6).
De l’avis de certains, les négociations s’enlisent aussi en raison d’une mésentente entre les équipes de négociation, notamment entre M. Wörner et Pierre Delsaux, l’ancien directeur général adjoint de la direction générale chargée de la Défense, de l'Industrie et de l'Espace’ (DEFIS) de la Commission. Celui-ci ayant été muté à la DG SANTE (EUROPE 12608/14), l’horizon s’éclaircirait pour sceller un accord.
Mais celui-ci n’est pas acquis pour autant. Les États membres restent divisés entre les soutiens de la Commission et ceux de l’ESA. À l’occasion de la réunion du 20 novembre, un groupe de 10 États membres (Autriche, Belgique, Estonie, Hongrie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie et Suède) a adressé une lettre, vue par EUROPE, au commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton. Certains y verraient la main de l’Allemagne, grande absente parmi les signataires, mais qui partagerait cette position.
Dans cette lettre, les ministres estiment que c’est à l’ESA que devrait revenir le rôle de l’autorité contractante (Contracting Authority) et à elle d’avoir la main sur les règles de passation de marché. Selon eux, cette approche serait compatible avec l'autorité programmatique de l'UE pour le programme Galileo et EGNOS, par exemple par un examen des points clés du processus de passation de marchés et par certaines approbations par le Conseil des marchés publics. De cette manière, l'UE conserverait un contrôle politique « total » sur les programmes GNSS, selon eux.
D’aucuns s’inquiètent, du côté de l’UE, de l’attitude de l’ESA, qui semblerait vouloir « tordre » certaines dispositions du règlement sur le programme spatial de l’UE. Le Parlement européen reste pour l’heure silencieux, mais pourrait se saisir du sujet, nous dit-on.
L'élection de M. Aschbacher sera officialisée le 17 décembre prochain. (Pascal Hansens)