Les Européens sont convaincus que l'arrivée de Joe Biden à la présidence des États-Unis, en janvier prochain, insufflera un nouvel élan au multilatéralisme afin d'affronter les défis mondiaux, parmi lesquels la pandémie de Covid-19 et le dérèglement climatique.
Le sommet du G20, qui se tiendra en visioconférence samedi 21 et dimanche 22 novembre à l'invitation de la Présidence saoudienne, « pourrait marquer un nouveau départ pour la coopération internationale », a estimé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, vendredi 20 novembre. Elle s'est félicitée que l'équipe de Joe Biden se soit « déjà engagée à accroître la coopération internationale, y compris sur les questions sanitaires ».
Selon la dirigeante européenne, l'OMS devra jouer un rôle moteur dans la réponse à la pandémie actuelle. En outre, seule la coopération internationale sera en mesure de garantir un approvisionnement en vaccins anti-Covid-19 aux pays à faibles ou moyens revenus à travers le mécanisme COVAX, auquel l'Union européenne et certains États membres contribuent à hauteur de 870 millions d'euros (EUROPE 12600/25). La communauté internationale, a souligné Mme von der Leyen, aura pour mission de poser des jalons pour renforcer « la sécurité sanitaire globale », un sujet central de la conférence internationale que l'Italie organisera en 2021.
Sur ce point, le président du Conseil européen, Charles Michel, a réitéré l'idée de négocier « un traité international sur les pandémies » qui devrait permettre de mieux prévenir ces phénomènes et de réagir plus rapidement et de façon plus coordonnée lorsqu'ils se matérialisent, avec l'OMS en tant qu'acteur central.
Climat. Le climat constitue un autre défi mondial qui nécessite une action multilatérale, selon les Européens.
« L'année dernière, les États-Unis avaient rompu le consensus. Je suis heureuse de voir qu'ils soutiennent les projets de conclusions du sommet », a déclaré Mme von der Leyen.
Lors du sommet d'Osaka en juillet 2019, dix-neuf pays avaient confirmé leur engagement à appliquer l'Accord de Paris sur le climat dans sa totalité, isolant ainsi les États-Unis dirigés par Donald Trump (EUROPE 12286/6).
Mme von der Leyen s'est réjouie que plus de la moitié des pays du G20 aient annoncé un objectif de neutralité climatique, citant « le Japon, la Chine, la Corée du Sud et l'Afrique du Sud ». Il convient désormais de découpler croissance économique et exploitation des ressources, a-t-elle ajouté, prônant, pour préserver la biodiversité, un accord du type Accord de Paris lors de la COP15 de Kunming en 2021.
Commerce. Sur les questions commerciales, M. Michel a rappelé le besoin urgent d'élaborer des accords commerciaux plus contraignants en termes de normes environnementales. Dans la même lignée, il a évoqué le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), pour éviter les fuites de carbone. « Nous n'accepterons pas que des marchandises sous-réglementées entrent en concurrence de manière déloyale avec les produits européens », a-t-il soutenu.
La Commission européenne présentera une initiative législative dans ce sens au deuxième trimestre 2021.
Charles Michel a aussi fait référence à l'absence actuelle de normes européennes encadrant les « obligations vertes » ('green bonds'). Selon lui, le G20 devrait s'emparer du sujet, au même titre que l'UE est en train de le faire. La Commission a en effet annoncé une proposition législative spécifique pour le deuxième trimestre 2021.
Aide au développement. Évoquant l'action de la communauté internationale pour affronter la crise économique engendrée par le coronavirus, les deux dirigeants européens ont, par ailleurs, salué les démarches du G20 'Finances' et du Club de Paris pour suspendre jusqu'à l'été 2021 le service de la dette publique de 73 pays tiers éligibles (EUROPE 12602/5).
« Le moratoire du G20 devra peut-être être prolongé après mi-2021 », a indiqué M. Michel, convaincu qu'« un allègement ultérieur de dette est nécessaire ».
Enfin, interrogés sur les mauvaises performances du pays hôte du sommet du G20 en matière de respect des droits de l'homme, les présidents de Conseil européen et de la Commission européenne ont établi une distinction entre les discussions tenues dans un cadre multilatéral et le dialogue bilatéral. L'agenda du sommet du G20 étant spécifique, la question des droits de l'homme, « y compris les droits des femmes », est abordée en bilatéral avec l'Arabie saoudite, a assuré Mme von der Leyen. (Mathieu Bion avec Léa Marchal)