Vingt-deux des vingt-sept ministres européens chargés de l’Égalité, ainsi que leur homologue suisse et la Commission européenne, ont soutenu, vendredi 20 novembre, la proposition avancée par la Présidence allemande du Conseil de l’UE de mettre en place un numéro d’urgence européen pour les femmes victimes de violences.
Il s’agira « d’un numéro – le 116 016 – gratuit, anonyme, joignable partout en Europe, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept », a détaillé à la presse la ministre allemande de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse, Franziska Giffey.
La violence à l'encontre des femmes « constitue un grand défi dans tous les pays européens. C’est pourquoi nous avons besoin d’une réponse européenne », a-t-elle ajouté.
Précisant qu’elle avait échangé « de manière intensive » ces derniers mois avec ses homologues européens à ce sujet, la ministre a expliqué que le numéro européen s’inspirerait de celui existant en Allemagne depuis 2013, disponible en 18 langues.
Ce numéro devra permettre de « joindre le service d’urgence national correspondant », précise un communiqué du ministère allemand.
Dans une Union européenne où il est si facile et courant de franchir des frontières, « il est absolument essentiel qu’il y ait un numéro de téléphone accessible partout », a estimé Mme Giffey, sans toutefois donner davantage de détails sur la mise en œuvre concrète de cette initiative.
L’Allemagne lancera le « processus formel » d’ici la fin de son mandat, le 31 décembre prochain, et le Portugal – qui prendra la Présidence du Conseil de l’UE pour six mois le 1er janvier prochain – continuera de porter ce projet, comme l’a confirmé, au cours de la réunion, la ministre portugaise Mariana Vieira da Silva.
Besoin d'aide sur le terrain
La création d’un tel numéro soulève toutefois quelques questions. Anne-Charlotte Jelty, directrice du CIDFF92 (France), Centre d'information des droits des femmes et des familles, salue la volonté de mettre en place de nouveaux numéros, mais s’interroge : qu’en sera-t-il de la réalisation de ce projet ? De son pilotage ? De son financement ?
« Les numéros, c’est une chose, mais ensuite, ce sont les associations de terrain qui vont proposer un accompagnement juridique ou psychologique, une mise à l’abri, un hébergement d’urgence. Et c’est surtout là qu’on a besoin d’aide, de subventions », explique-t-elle à EUROPE.
Les écoutantes, formées pour répondre aux appels sur ces numéros d’urgence, vont, en France par exemple, assurer un premier accueil, rassurer la victime, puis la rediriger vers les associations locales les plus proches pour un accompagnement concret. Une démarche plus difficile à envisager au niveau européen.
Anne-Charlotte Jelty s’interroge également sur la nécessité d’un tel numéro pour les pays qui en disposent déjà. Mieux vaudrait alors soutenir les dispositifs qui existent et fonctionnent, estime-t-elle. Pour les pays dans lesquels ces numéros n’existent pas, elle se félicite en revanche que l’UE « puisse venir pallier une défaillance nationale ».
Augmentation des violences
À noter, enfin, que cette initiative a été présentée aux ministres dans le cadre d’une réunion informelle inédite (EUROPE 12605/24), à laquelle ont également pris part les ministres suisse, norvégien, liechtensteinois et islandais chargés de l’Égalité.
Les discussions, lors de cette réunion, ont également porté sur l’augmentation des violences conjugales observées dans le contexte de la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12464/23).
Les ministres ont donc procédé à un échange de bonnes pratiques et fait part à leurs collègues des initiatives prises dans leur État respectif, telles que le renforcement du système des centres d'accueil, le développement de campagnes d’information et l'amélioration du travail assuré par la police, par exemple. (Agathe Cherki)