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Bulletin Quotidien Europe N° 12563
REPÈRES / RepÈres

Duo de grandes dames

La Covid-19 a bouleversé l’ordre européen existant ; elle a aussi changé quelque chose dans la tête de la Chancelière allemande. Celle-ci n’a pas fait obstacle à la suspension sine die des règles budgétaires inscrites dans un traité qu’elle avait pourtant inspiré et imposé. Constatant la situation sanitaire et économique de ses partenaires, spécialement du sud de l’Union, et forcément sensible à la récession économique grave et inédite qui affecte toute l’Europe, Angela Merkel a jugé qu’une opération de solidarité de grande envergure s’imposait.

Répondant finalement aux ambitions européistes du Président français, elle a scellé avec lui une entente sur un endettement élevé de l’Union et un Plan de relance consistant largement en subventions dont bénéficieront les États membres les plus touchés par la pandémie. Et sans pour autant gonfler les voiles du nouveau cadre financier pluriannuel, l’Allemagne a quitté le camp des pays pingres.

Depuis le 1er juillet, l’Allemagne assume la Présidence semestrielle du Conseil de l’UE. Son programme, intitulé ‘Tous ensemble pour relancer l’Europe’, a évidemment été inspiré et validé par la Chancelière. Il mérite d’être lu attentivement, non seulement sur les aspects usuels de ce genre de document (l’économie, le marché unique, la durabilité, etc.), mais sur ses ambitions d’ordre moral : un cadre de systèmes nationaux de revenu minimum dans les États membres, l’engagement d’introduire une taxe sur les transactions financières, la fermeté sur le lien entre respect de l’État de droit et le bénéfice du budget de l’UE, l’emphase sur le combat antiraciste, l’insistance sur une politique commune de migration et d’asile, la consistance du volet consacré aux relations extérieures.

Le début du semestre a été marqué par le Conseil européen de juillet qui a abouti à un accord ambitieux sur le Plan de relance et a minima sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 (EUROPE 12532/2). Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. L’Allemagne repose sur un parlementarisme bien ancré et l’on peut créditer son gouvernement d’une réelle bonne foi dans sa volonté d’aboutir à un accord avec le Parlement européen.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a prononcé son premier discours sur l’état de l’Union le 16 septembre (EUROPE B12561). Son fil conducteur est également d’ordre éthique : dans un monde malade, l’Europe doit choisir la vitalité : en route pour une politique climatique plus ambitieuse ! Construisons l’Union de la santé ! Salaire minimum et vaccin anti-covid pour tous ! Restauration des quatre libertés ! Solidarité avec les Grecs, les Chypriotes, les héros de la démocratie en Biélorussie ! Nouveau pacte sur les migrations ! Respect de l’État de droit et halte à la corruption ! Action résolue contre le racisme et la haine ! Décisions rapides et fermes en politique étrangère !...

Certes, le texte manque parfois de précision sur les moyens, comme sur l’importance de la future Conférence sur l’avenir de l’Europe. Il est plus dur envers la Pologne qu'envers la Hongrie. Il est muet sur l’article 7 TUE, sur l’Europe de la défense, sur notre stratégie spatiale, sur la citoyenneté européenne, sur l’équité fiscale, sur les futures ressources propres… Mais si l’on complète sa lecture par celle de la Lettre d’intention au Président Sassoli et à la Chancelière Merkel (qui contient 44 initiatives clés pour 2021 – liste non exhaustive) et par celle du programme de travail actuel, l’on constate une intensification et une accélération de la production de projets, face auxquels les États membres et le Parlement devront se situer. Or, l’enjeu clé est maintenant de savoir si le souffle qui règne à la Commission se retrouvera au Conseil européen. Et la Présidence allemande méritera un coup de chapeau si elle arrive à faire adopter des décisions à la majorité qualifiée là où l’unanimité est d’usage.

Jean Ziegler a publié en janvier un livre percutant, intitulé : ‘Lesbos, la honte de l’Europe’ (éditions du Seuil). Tout le monde a vu le drame récent du camp de Moria. Pour l’accueil des réfugiés, les États membres étaient, à nouveau et dans l’urgence, mis face à leurs responsabilités. L’Allemagne a d’emblée accepté d’en accueillir 1 500, quand la France consentait à en prendre 100, et plusieurs autres, zéro. La Chancelière, une fois de plus, a envoyé un signal éthique, montrant la voie à l’Europe.

Ursula von der Leyen et Angela Merkel se connaissent bien, elles ne sont pas nécessairement d’accord sur tout, assument des rôles différents et n’ont pas intérêt à afficher une connivence ouverte sur la scène européenne. Elles se trouvent simplement dans une conjonction courte qui peut être fructueuse, bénéfique pour l’intérêt général. Aujourd’hui, force est de constater que les valeurs de l’Union sont portées par deux femmes, alors qu’elles sont piétinées par (au moins) deux chefs de gouvernement qui sont des hommes – ceci dit sans encourager des généralisations simplistes sur les genres.

Mesdames, en écoutant votre conscience humaine et votre instinct de vie, vous êtes, pour peu de temps, en situation d’incarner ensemble cette ‘âme de l’Europe’, cette Europe généreuse qui a fait rêver plusieurs générations. Ne nous décevez pas.

Renaud Denuit

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