L’inquiétude croît, au Parlement européen, quant à l’inaction des vingt-sept gouvernements nationaux et de la Commission vis-à-vis du secteur du tourisme (EUROPE 12527/12).
Ce dernier, mis en difficulté par la pandémie de Covid-19, comptait sur la saison estivale pour se ressaisir (EUROPE 12485/1). Sans grand succès toutefois.
En juillet 2020, le taux d'occupation des hôtels en Europe n’a été que de 26,5% - en baisse de 66% par rapport à l’année précédente - et les cinq premières destinations européennes n’ont enregistré que 40% des volumes de voyages intraeuropéens de 2019, selon l'Alliance pour un Manifeste du tourisme européen (European Tourism Manifesto Alliance).
« Les mois à venir vont être une calamité », a déploré mardi 8 septembre, lors d’un point de presse, l'eurodéputée Cláudia Monteiro de Aguiar (PPE, portugaise), évoquant les risques de chômage et les perspectives de faillites qui menacent les professionnels du tourisme.
Sans décisions harmonisées, il sera, selon cette députée également membre du groupe de travail 'Tourisme' du PE, « très difficile d’assurer la survie du secteur ».
Une position partagée par les professionnels. L’Alliance pour un Manifeste du tourisme européen - qui représente plus de 60 organisations du secteur - a ainsi plaidé pour une approche européenne harmonisée des restrictions de voyage et des mesures de sécurité.
Les « restrictions frontalières incohérentes et en constante évolution » et la « confusion concernant les exigences en matière de quarantaine et de tests » ont en effet contraint, selon elle, de nombreux Européens à renoncer à leurs voyages.
Dans une déclaration publiée le 8 septembre, elle a donc exhorté les Vingt-sept à approuver la récente proposition de la Commission en la matière (EUROPE 12553/1).
Soutien financier
La « survie du secteur » passera en outre par un soutien financier accru, insistent les organisations et les députés.
Car pour István Ujhelyi (S&D, hongrois), également membre du groupe de travail 'Tourisme', l’instrument SURE de soutien aux régimes nationaux de chômage partiel (EUROPE 12490/10) mis en place par la Commission ne fonctionne pas pleinement.
« Interrogez les parties prenantes ou les professionnels du tourisme, vous verrez qu’ils n'ont aucun soutien concret de leur gouvernement ou de l'UE pour survivre », a-t-il regretté.
Quant au Plan Marshall pour le tourisme promis en juillet par le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton (EUROPE 12527/12), les députés l’attendent encore !
Mme Monteiro de Aguiar, M. Ujhelyi ainsi que leur collègue José Ramón Bauzá Díaz (Renew Europe, espagnol) ont également réitéré leur demande concernant une ligne consacrée au tourisme dans le budget européen 2021-2027, restée lettre morte.
« Je ne comprends pas pourquoi les autres institutions ont peur de soutenir le secteur », s’est étonné M. Ujhelyi. « Nous avons les solutions. Il suffit de volonté politique pour les concrétiser », a pour sa part relevé Mme Monteiro de Aguiar.
La députée a salué l’organisation d’un forum européen du tourisme par la Présidence allemande du Conseil de l’UE le 23 octobre prochain. Mais pourquoi attendre ?, s’est-elle interrogée. (Agathe Cherki)