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Bulletin Quotidien Europe N° 12485
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / Tourisme

L'activité touristique doit impérativement reprendre en juillet pour que le secteur ait une chance de se remettre de la crise, estime Teodora Marinska

Quelles perspectives pour le tourisme, secteur clé de l’économie européenne à l’arrêt depuis près de deux mois ? Alors que la Commission s’apprête à publier, mercredi 13 mai, ses recommandations sur le retour à la libre circulation et la reprise des activités touristiques dans l’UE (EUROPE 12483/5), EUROPE s’est entretenue avec Teodora Marinska, Directrice des Affaires publiques de la Commission européenne du voyage (European Travel Commission - ETC).

L’ETC, établie à Bruxelles, représente les organisations nationales du tourisme de 32 États européens, dont 25 sont membres de l’UE. Ces organisations prévoient déjà une baisse significative des arrivées de touristes en 2020 - de l’ordre de 30% à 40%, voire 50% pour certaines - et se préparent à devoir assurer une reconstruction totale du marché, une fois la crise passée.

Pour l’heure, et afin de limiter la casse annoncée, le secteur (qui représente 10% du PIB de l'UE) espère au moins pouvoir « sauver » partiellement la saison d’été, « la plus forte pour notre industrie » précise Mme Marinska.

« Si les entreprises du secteur - qui ne survivent plus que grâce à des aides d’État - parviennent à reprendre leurs activités en juillet et en août, nous pourrions peut-être nous remettre sur pied. Mais si les restrictions liées à la pandémie s’appliquent pendant encore plusieurs mois, c’est la faillite assurée », déplore-t-elle.

Favoriser des voyages intraeuropéens

Plusieurs États particulièrement dépendants du tourisme - la Grèce, la Croatie, l'Italie et le Portugal, notamment - ont déjà indiqué qu’ils entendaient ouvrir leurs frontières aux touristes européens cet été.

Une bonne solution pour Teodora Marinska, convaincue qu’une levée des restrictions et des mesures sanitaires coordonnées permettant, dans un premier temps, aux Européens de voyager dans l’UE serait une mesure salvatrice pour le secteur, « 64 % des dépenses touristiques en Europe étant liées à des voyages intraeuropéens ».

Une telle coordination pourrait permettre, selon elle, la reprise des voyages touristiques, avec les mesures de sécurité nécessaires, dès le mois de juillet.

Interrogée sur l’éventualité de mettre en place un système de certification pour identifier les établissements conformes à des normes sanitaires préalablement définies (EUROPE 12483/5), Mme Marinska indique que l’idée a été accueillie positivement par l’ETC.

« Mais, en pratique, c'est une chose très compliquée à mettre en place. Car l'industrie du tourisme est constituée essentiellement - à 90% - de petites, voire de très petites entreprises, d’entreprises familiales. Il faut donc faire attention à ne pas leur imposer de charges administratives et bureaucratiques supplémentaires », nuance-t-elle, ajoutant que si une telle mesure devait être mise en œuvre, elle devrait en tout cas l’être de façon homogène et non discriminatoire dans l’ensemble de l’UE.

L’occasion « d’un nouveau départ »

Outre la mise en place d’un cadre permettant une reprise sans risque de l’activité touristique, l’ETC espère également que l’UE respectera ses engagements à soutenir le tourisme européen et que sa mobilisation – « pour la première fois depuis longtemps » – en faveur du secteur se pérennisera.

Le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, avait appelé récemment (EUROPE 12471/6) à une transformation en profondeur du tourisme européen, afin de rendre celui-ci plus vert, plus numérique et plus stratégique.

Le moment pourrait sembler mal choisi pour conditionner la relance d’une industrie bien mal en point à des objectifs de durabilité. Mais non, pour Teodora Marinska, « le moment est le bon ».

« Nous parlons de durabilité dans le secteur depuis très longtemps. Cette crise est l’occasion d’un nouveau départ », déclare-t-elle, ajoutant que, compte tenu de la crise, « beaucoup de destinations aujourd’hui se concentrent par exemple davantage sur le tourisme de proximité ». Les gouvernements français et italien, notamment, ont recommandé ces derniers jours à leurs ressortissants de privilégier des vacances sur le territoire national.

Sommet européen à venir

La Commission devrait en outre confirmer ce mercredi l’organisation, dès que la situation le permettra, d’un sommet européen consacré au tourisme. Une initiative accueillie positivement par l’ETC, puisqu'elle sera l’occasion pour le secteur « de discuter de sa relance, que nous voulons durable ».

« Ce que nous attendons d'un tel sommet, c’est une stratégie ou une feuille de route européenne unifiée et harmonisée, qui fixe des objectifs concrets et fournisse également des moyens, des financements, des compétences, des règles pour le tourisme. La crise actuelle nous montre que le tourisme n'est pas une question régionale ou nationale et qu'il doit être développé au niveau européen », détaille Mme Marinska.

Selon elle, si le tourisme demeure une compétence des États membres, cette crise a prouvé qu’il avait besoin d'encore plus de coordination, d’une approche européenne plus importante et qu’il serait désormais nécessaire d’aller « au-delà des États membres et des réflexions régionales ». Le sommet, espère-t-elle, sera une bonne occasion de « lancer cette démarche ». (Agathe Cherki)

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