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Bulletin Quotidien Europe N° 12485
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / SantÉ

Les pénuries de médicaments, question centrale de la future stratégie pharmaceutique

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière les faiblesses des systèmes pharmaceutiques en Europe. Qu'il s'agisse des États membres ou des lobbies, tous réclament des mesures fortes pour répondre aux pénuries de médicaments. Face à la pression, la Commission européenne a remanié son calendrier de travail. Selon un calendrier provisoire, elle devrait présenter ses solutions le 29 juillet, au lieu de la fin de l'année.

Cette stratégie était au cœur de la visioconférence des ministres de la Santé, mardi 12 mai. D'après nos informations, l'ensemble des délégations ont souligné le besoin de trouver des solutions communes à des problèmes communs. 

« La crise a amplifié ou exacerbé des problèmes dont nous avions déjà connaissance et dont nous discutions déjà. Mais la nécessité d'une approche stratégique est aujourd'hui plus évidente que jamais en vue de limiter notre dépendance d'un seul fabricant ou pays et de nous donner les moyens de produire des médicaments essentiels dans l'UE », a déclaré la commissaire Stella Kyriakides, lors de son introduction. « Ce sera un point central de la future stratégie en matière de médicaments, qui s'attaquera à la disponibilité, au caractère abordable, à la durabilité et à la sécurité de l'approvisionnement », a-t-elle poursuivi.  

Une plateforme de dialogue plus pérenne

Lors du tour de table, il semble que les Vingt-sept aient soutenu l'idée d'un dialogue plus structuré avec l'industrie pharmaceutique. Dans un document de préparation, la Présidence croate du Conseil de l'UE interrogeait les ministres sur la voie à suivre, à savoir créer une nouvelle structure ou s'en remettre aux structures existantes (EUROPE 12484/3). « Personne n'est contre, mais personne n'a vraiment demandé quelque chose de nouveau. A contrario, quelques États membres ont demandé d'utiliser les structures existantes et ont rappelé l'importance de ne pas faire double emploi avec l'Agence européenne des médicaments (EMA) », indique une source bien informée. 

En commission de l'environnement au Parlement européen, le directeur exécutif de l'EMA a rappelé qu'il était entièrement mobilisé pendant la crise du Covid-19. « Bien que les pénuries de médicaments soient gérées par les autorités nationales, il a été demandé à l'EMA d'activer son programme de soutien aux États membres », a déclaré Guido Rasi, faisant allusion au comité directeur exécutif de l'UE sur les pénuries de médicaments causées par des événements majeurs, créé en mars. Il a indiqué que, jusqu'ici, ce travail se déroulait plutôt bien, mais que des solutions à plus long terme étaient nécessaires. 

La stratégie pharmaceutique est très attendue  

Et c'est justement ce que devrait proposer la future stratégie pharmaceutique sur laquelle planche actuellement la Commission européenne. Le Parlement, lui, entend alimenter le débat avec un rapport d'initiative préparé par Nathalie Colin-Oesterlé (EUROPE 12482/1). 

Du côté des parties prenantes, les idées vont bon train. Pour l'Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), les prix élevés des médicaments restent un vrai problème pour les patients et les systèmes de santé à travers l'Union. « Et la situation risque d'empirer avec la rareté des ressources et les contraintes financières post-Covid », note Yannis Natsis.  Selon lui, la stratégie pharmaceutique devrait s'attaquer au manque de transparence dans l'industrie pharmaceutique ainsi qu'aux déséquilibres (notamment en termes de pouvoir et d'information) dans les systèmes pharmaceutiques en Europe. Et il ajoute : « Les perturbations dans la chaîne d'approvisionnement que nous connaissons aujourd'hui auraient pu être prévues et empêchées par l'industrie ».  

L'Association européenne des pharmaciens hospitaliers (EAHP) espère que la nouvelle stratégie européenne apportera une réponse sur mesure aux différentes causes des pénuries (que 95% des pharmaciens hospitaliers identifient comme un gros problème). Elle souhaite une stratégie pharmaceutique qui permette notamment de « diversifier les sources d'ingrédients pharmaceutiques actifs », souligne Stephanie Kohl.  

Du côté du Comité permanent des médecins européens (CPME), on insiste sur l'importance du caractère abordable des médicaments, en particulier des médicaments innovants, lorsqu'on évoque la question de leur accessibilité. « La stratégie pharmaceutique à venir devrait remédier aux abus liés au modèle actuel d'incitations pharmaceutiques et restructurer le modèle opaque de R&D qui se traduit par une baisse du taux d'innovation pharmaceutique et des prix élevés. Tout financement de l'UE devrait être assorti de conditionnalités d'intérêt public », note Miriam D'Ambrosio. Le CPME appelle à davantage de transparence en matière de prix et recommande pour ce faire une approche multidimensionnelle allant de la valeur ajoutée thérapeutique à la capacité de payer et les coûts d'un traitement.

La Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) n'a malheureusement pas répondu à nos questions. Cependant, lors d'une conférence en ligne en avril, les industriels réclamaient davantage de flexibilité réglementaire (EUROPE 12470/7). (Sophie Petitjean)

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