Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) n'a pas modifié ses taux directeurs ni sa politique monétaire très accommodante, mais il a réaffirmé cette politique à la lumière des derniers indicateurs économiques, jeudi 16 juillet, lors de sa dernière réunion avant la pause estivale. Mais il se tient prêt à réagir à toute nouvelle dégradation de la situation économique marquée par une très forte incertitude sur la gravité de l'impact économique de la pandémie de Covid-19.
« Nous sommes pleinement engagés à faire tout ce qui est nécessaire dans le cadre de notre mandat pour soutenir tous les citoyens de la zone euro en cette période de grands défis » et nous assurer que la trajectoire de l'inflation à moyen terme soit de nouveau conforme à notre mission, a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
La situation économique en zone euro est dominée par des risques baissiers, selon la BCE. L'institut monétaire a observé que l'économie en zone euro avait touché le fond en avril pour repartir graduellement en mai et juin, bien qu'à un niveau très inférieur à celui observé avant la pandémie. Cependant, certains secteurs restent durement touchés par les mesures de confinement et l'incertitude à moyen terme est grande, même si l'institution européenne s'attend à un raffermissement du rebond au troisième trimestre 2020.
Ainsi, la chute du PIB de l'Eurozone, de 3,6% au premier trimestre, sera encore plus forte au deuxième trimestre, malgré la reprise de la production industrielle.
La BCE poursuivra ses rachats de titres surtout publics dans le cadre de l'opération PEPP lancée pour contrer l'impact économique de la pandémie et amplifiée début juin (EUROPE 12499/1). Soulignant le caractère flexible de cette opération, Mme Lagarde a indiqué que l'institut monétaire prévoyait, comme scénario de base, d'utiliser l'intégralité de l'enveloppe de 1 350 milliards d'euros qui se déploiera au moins jusqu'en juin 2021. Après avoir démarré fort avec des achats à hauteur de 360 milliards d'euros fin juin, nous avons quelque peu ralenti le rythme d'acquisitions, parce que les marchés sont plus stables, a-t-elle aussi noté.
À la veille du sommet européen extraordinaire consacré au budget de l'UE post-2020 (EUROPE 12529/1), l'ancienne directrice du FMI a réitéré l'appel de la BCE en faveur d'une réponse budgétaire « ambitieuse et coordonnée » des États membres face à la crise, réponse qui doit aussi être, selon elle, « ciblée et temporaire ». Elle a salué la proposition de la Commission européenne de mettre sur pied une Facilité pour la relance et la résilience (RRF) dans le cadre du budget post-2020. Selon elle, cet instrument budgétaire, qui prévoit l'octroi de 560 milliards d'euros, majoritairement sous forme de subventions aux pays les plus touchés par la crise, permettra de combattre les divergences entre pays.
« Avant la Covid-19, il y avait déjà des divergences. Aujourd'hui, il y a un risque que ces divergences persistent. Cela doit être évité par tous les moyens », a souligné Mme Lagarde. Elle a souhaité un accord rapide des Vingt-sept sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027, rappelant l'importance du message qu'enverrait au monde un accord ambitieux des Vingt-sept ce week-end. (Mathieu Bion)