La ministre allemande de l'Agriculture, Julia Klöckner, a fait preuve de pragmatisme en présentant à la commission de l'environnement du Parlement européen, jeudi 16 juillet, les priorités de la Présidence allemande pour l'agriculture, qu'elle avait présentées la veille en commission de l'agriculture (EUROPE 12528/19).
Elle a plaidé pour une agriculture qui respecte l'environnement, mais « sans idéologie », pour permettre aux agriculteurs d'assurer la sécurité alimentaire et de tirer de leur travail suffisamment de revenus.
Ce souci d'équilibre peut établir un pont entre les députés les plus préoccupés par la protection de l'environnement et ceux, à droite (PPE, CRE) ou à l'extrême droite (ID), redoutant trop de charges pour assurer la survie des agriculteurs et la compétitivité de l'agriculture européenne.
« Nous voulons lutter contre la pandémie et sortir de la crise économique. C'est le cœur du travail de notre Présidence. Il a été inquiétant que certains supermarchés aient été mal approvisionnés. Il est essentiel que l'agriculture continue de produire des denrées alimentaires sûres, en quantité suffisante. Ce n'est pas gagné d’avance », a déclaré Mme Klöckner.
Stratégie de la ferme à la table. La ministre se réjouit que cette stratégie prenne en compte l'environnement, mais la Présidence attend les lignes directrices de la Commission pour la concrétiser. Il lui importe d'évaluer cette stratégie « et d'avoir à l’esprit les conséquences économiques » dans le respect des trois piliers du développement durable - économique, environnemental et social -, a dit la ministre, en insistant sur l'importance que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. Elle espère des conclusions fin octobre.
L'étiquetage nutritionnel, un label européen sur le bien-être animal et la réduction du gaspillage alimentaire sont trois priorités, a souligné Mme Klöckner. Elle se réjouit à l'idée d'une proposition sur l'étiquetage énergétique des denrées alimentaires d'ici fin 2022.
Bien-être animal. La ministre allemande a souligné la nécessité de parvenir à un objectif clair, compte tenu de la conception très différente d’un pays à l’autre. « Le respect du bien-être animal doit se retrouver dans le prix des denrées », a-t-elle précisé.
Réduire le gaspillage alimentaire. Dans l'UE, 88 millions de tonnes de denrées sont gaspillées par an. Les objectifs de réduction sont fixés : il faut, selon Mme Klöckner, mettre en œuvre les conclusions du Conseil de 2016 et que les États membres et la Commission fassent rapport.
Réforme de la PAC. L'objectif est de « conclure les négociations le plus rapidement possible » (EUROPE 12528/19). Selon la ministre, cinq éléments sont à prendre en compte : - des engagements vis-à-vis des agriculteurs pour leur assurer un revenu ; - accroître la protection de l'environnement, du climat, des animaux ; - la simplification pour éviter la bureaucratie ; - le maintien de l’orientation sur le marché : continuer à être à l’écoute des consommateurs, préserver les acquis du marché intérieur pour l’agriculture ; - être unis : la crise du coronavirus a vu l'émergence de nationalismes qui nuisent au marché unique.
Recherche de consensus. Interrogée par Christine Schneider (PPE, allemande) sur les moyens d’atteindre l'objectif de réduction de 50% de l'utilisation des pesticides d'ici 2030, elle a dit que, compte tenu de « l’immense diversité de points de vue », la mission de la Présidence était de « faire des pas en avant communs ». Elle estime que la normalisation, l’agriculture de précision et la technologie génétique peuvent aider.
De même, le numérique peut aider le consommateur à faire des choix avisés pour une alimentation plus saine, a-t-elle souligné.
En réponse à Jytte Guteland (S&D, suédoise), qui l’interrogeait sur les pesticides à moindres risques, Mme Klöckner a plaidé pour une discussion ouverte. « Bien sûr qu’il y aura toujours de nouvelles substances meilleures que les précédentes, mais le cuivre, par exemple, qu’on utilise pour les vignes, a aussi son impact ».
À un député ID qui l’avait entendue, la veille, critiquer la stratégie 'Biodiversité' et lui reprochait de ne pas être au diapason avec la ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, pour sa part, a répondu : « critiquer ne veut pas dire que je ne suis pas d’accord ». (Aminata Niang)