Alors que l'Allemagne a pris, le 1er juillet dernier, les rênes de la Présidence tournante du Conseil de l’UE, le ministre allemand des Transports, Andreas Scheuer, a été entendu par les députés européens de la commission des transports (TRAN), lundi 13 juillet, sur ses priorités pour les six mois à venir.
Ces priorités avaient déjà été détaillées il y a quelques semaines, depuis la capitale allemande (EUROPE 12510/19). M. Scheuer avait alors indiqué vouloir élaborer un « plan européen d’urgence » pour la circulation transfrontalière des marchandises en période de pandémie, faire une « proposition audacieuse » sur le délicat dossier de l’Eurovignette ainsi qu’en matière de carburants alternatifs.
Outre ces différents points, le ministre a également mis l’accent, ce lundi, devant les députés européens, sur les avancées attendues dans le secteur du rail. La Présidence allemande, a-t-il en effet assuré, fera en sorte de renforcer le fret ferroviaire et « de rendre le transport de passagers en train de plus en plus intéressant ».
Au sujet du fret, Andreas Scheuer a notamment plaidé pour la mise en œuvre de « solutions innovantes », évoquant, par exemple, « l’introduction de solutions européennes numériques pour tout ce qui concerne les Systèmes européens de gestion du trafic ferroviaire (ERTMS) ».
Sur le transport de passagers, il a indiqué que l’Allemagne souhaitait mettre sur la table le projet d’un Trans Europe Express, un réseau de chemin de fer permettant de connecter entre elles les grandes villes européennes.
Interrogé sur le déploiement de trains de nuit dans l’UE, le ministre allemand a en outre estimé qu’il « faudrait quand même que les projets en la matière restent rentables ».
Année du rail
La question de la révision du règlement relatif aux droits et obligations des passagers ferroviaires (1371/2007), toujours bloquée à l’étape des trilogues (EUROPE 12513/14), a également été abordée.
Se refusant à « imposer des conditions exagérées pour les entreprises de transport », actuellement en difficulté, M. Scheuer a assuré que la Présidence veillerait à ce qu’une solution garantissant « un équilibre entre les intérêts des passagers et ceux des entreprises » soit trouvée.
Enfin, il s'est engagé à mettre à profit les six mois à venir pour préparer l’Année européenne du rail, qui devrait débuter le 1er janvier 2021 (EUROPE 12512/9).
« Nous ne pouvons pas décréter la tenue d’une année européenne du rail sans une feuille de route claire », a insisté Karima Delli (Verts/ALE, française), qui, rappelons-le, en qualité de présidente de la commission TRAN, a fait du fret ferroviaire (EUROPE 12496/18) et de la relance des trains de nuit deux de ses chevaux de bataille.
Critiques
Si les initiatives allemandes ont, dans l’ensemble, été bien accueillies par la majorité des groupes politiques, l’intervention du ministre n’a pas été exempte de critiques.
« Pour mon groupe, il est essentiel que nous n'oubliions pas la dimension sociale, ce que vous avez fait, dans une certaine mesure, dans votre introduction : vous n'avez pas mentionné une seule fois les travailleurs », a déploré le coordinateur S&D, Johan Danielsson (suédois).
Ce dernier a appelé la Présidence allemande à assurer que la compétitivité du secteur ne soit pas fondée sur des bas salaires et de mauvaises conditions de travail pour ses employés.
Plusieurs critiques ont également été formulées à l'encontre de M. Scheuer par la coordinatrice des Verts/ALE, Jutta Paulus (allemande).
« On sait que vous considérez le moteur à explosion comme l’un des moyens de locomotion les plus efficaces », a-t-elle déclaré à l’adresse du ministre, s’interrogeant sur la compatibilité d’une telle position avec les ambitions climatiques de l’UE.
« Les ingénieurs européens doivent continuer à travailler sur les moteurs à explosion pour les rendre moins polluants », s'est-il défendu.
Andreas Scheuer a également annoncé différents rendez-vous consacrés : une réunion informelle des ministres du Transport en octobre, des Conseils le 28 septembre et le 8 décembre, et divers sommets thématiques. Le premier, consacré au secteur aérien, est prévu pour le 23 juillet prochain. (Agathe Cherki)