Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, n'attend pas de miracle sur le Pacte 'Asile et Migration', qui ne sera pas présenté avant septembre, mais espère au moins engranger des progrès pendant la Présidence allemande du Conseil de l’UE.
Il aimerait aussi que les négociations en trilogues reprennent avec le PE et qu’il soit possible de conclure une série de dossiers d’importance, comme celui de la directive 'Retours', en cours de révision depuis 2018. La sécurité et la lutte contre la criminalité dans l'UE sont l'autre priorité.
Le 13 juillet, le ministre était l’invité de la commission Libertés civiles du PE (LIBE), qui voulait l’entendre sur son programme.
Sans surprise, le débat a largement porté sur le contenu du futur Pacte, qui devrait contenir une série de propositions sur la gestion des arrivées aux frontières extérieures, l'asile, les retours, les passeurs ou la migration légale.
L'Allemand est conscient des « délais très courts », mais il comprend que la priorité soit donnée au budget et au Plan de relance. « Il est essentiel d’avoir une vision » du budget de l’UE pour les programmes migration et affaires intérieures et il « faut veiller à ce que les agences concernées (Frontex, Europol) soient correctement dotées les prochaines années », car il redoute des « coupes ».
Sur la migration et la politique d’asile, Berlin veut en tout cas « contribuer à une solution européenne » et « je ne connais personne qui pense que l’on peut se contenter des textes actuels ».
Assurant aux députés qu’il n’avait pas connaissance « de ce que la commissaire (Johansson) présentera », il a exposé sa vision en trois piliers : il faudra d’abord, selon lui, miser sur de nouvelles voies de migration légale - de travail notamment - « sans ouvrir les vannes de manière inconditionnelle ». Une migration économique pourrait trouver sa place dans certains secteurs avec des conditions, comme « une connaissance de base de la langue et un taux de chômage qui ne soit pas trop élevé dans la région ».
Ensuite, il y a la coopération avec les pays d’origine, qui doivent « recevoir davantage d’aide pour éviter que les gens ne veuillent traverser la mer ». Le ministre a ainsi fait référence à la réunion tenue plus tôt avec ses homologues d’Afrique du Nord (voir article lié).
Et il faudra également mieux gérer les arrivées dans l’UE, notamment en appliquant de meilleures procédures de contrôle aux frontières extérieures.
Le ministre veut ici que soient mieux identifiées les personnes qui peuvent et celles qui ne peuvent pas obtenir l’asile : des contrôles de santé et de sécurité seraient appliqués et les migrants rapidement réorientés vers la bonne procédure (asile et retour pour les personnes n’ayant pas le droit d'obtenir l'asile).
« Obligation » d'accorder l'asile à ceux qui en ont besoin
Le ministre rejoint ici ce que la Commission envisagerait dans son Pacte, à savoir des précontrôles sur les migrants faits à des points d’entrée à la frontière extérieure mis en place dans tous les États membres, comme la Commission l’expliquait dans un projet de Pacte de mi-avril (https://bit.ly/304HrzU ).
Sur la relocalisation obligatoire pour tous les États membres, Berlin est historiquement en faveur du partage obligatoire. Horst Seehofer l’a redit : des dizaines de milliers de personnes devront être protégées en Europe, « c’est obligatoire », et « la Présidence se battra pour cela ».
Face aux députés, le ministre a aussi assuré que l’Allemagne n’attendrait pas un accord sur le Pacte pour agir : d’ici là, les efforts continueront pour trouver des solutions sur les migrants secourus en mer ou les personnes bloquées en Grèce dans les camps et que certains États membres ont accepté de prendre en charge sur leur sol.
Il a promis de combattre l’idée véhiculée par certains que les débarquements dans les ports européens de personnes sauvées en mer créeraient « un appel d’air ».
Le président de LIBE, Juan Fernando López Aguilar (S&D, Espagnol), a dit espérer que la Présidence donnera un élan aux discussions et relancera aussi les trilogues. « Je crois que vous avez une occasion unique de relancer les choses », a-t-il lancé au ministre. (Solenn Paulic)