La commission de l'environnement et de la santé publique au Parlement européen a consacré une large partie de sa réunion du jeudi 25 juin à la gestion du nouveau coronavirus et aux premières leçons à tirer de la crise. Alors que la députée ID Silvia Sardone (italienne) a exigé la démission du directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, présent par vidéoconférence, les autres parlementaires se sont montrés plus modérés.
L'OMS peaufine sa défense
« Donald Trump prend la mauvaise décision en suspendant la participation financière américaine à l'OMS au moment où cette organisation est plus nécessaire que jamais », a déclaré en ouverture de réunion Peter Liese (PPE, allemand). Toutefois, le député, tout comme la majorité de ses collègues, a appelé le directeur général de l'organisation onusienne, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à procéder à un examen de conscience.
Alors que l'Assemblée mondiale de la Santé a décidé à la mi-mai de lancer une « évaluation indépendante » de la gestion par l'OMS de la pandémie de Covid-19, le directeur général a affirmé qu'il serait heureux de reconnaître les erreurs commises (EUROPE 12490/1). Il a répondu tour à tour aux accusations selon lesquelles l'Organisation aurait tardé à qualifier la crise de la Covid-19 de pandémie, aurait recommandé à tort de garder les frontières ouvertes, aurait donné de mauvais conseils scientifiques ou encore aurait été trop conciliante vis-à-vis de la Chine.
Sur la question des frontières, en particulier, il a affirmé que l'OMS s'était appuyée, dans ses recommandations, sur la réglementation sanitaire internationale (IHR) qui n'encourage pas les restrictions de voyage. Mais celles-ci n'étaient pas non plus interdites, a-t-il ajouté, rappelant que la responsabilité incombait aux États.
La situation dans l'UE continue d'inquiéter
Dans la matinée, le bureau régional Europe de l'OMS avait alerté sur une recrudescence possible des cas en Europe. « 30 pays ont vu augmenter le nombre de nouveaux cas cumulés au cours des deux dernières semaines », a expliqué, lors d'une conférence de presse, le directeur régional de l'organisation, Hans Kluge. « Dans 11 de ces pays, l'accélération de la transmission a entraîné une recrudescence très importante qui, si elle n'est pas maîtrisée, poussera les systèmes de santé au bord du gouffre une fois de plus en Europe ».
De quoi provoquer l'ire de la Suède, qui figure parmi les 11 pays répertoriés, qui a jugé cette déclaration « très grave ».
Traitements et vaccins
Lors d'une réunion du groupe de travail 'santé' du Parlement européen, dans la soirée du 25 juin, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a indiqué avoir des contacts avec l'industrie pour 34 candidats vaccins et 135 traitements, dont le remdésivir, pour lequel elle vient de donner son feu vert pour une autorisation de mise sur le marché conditionnelle (EUROPE 12514/8).
Le caractère accessible d'un potentiel vaccin a également été largement discuté, Petra De Sutter (Verts/ALE, belge) mettant en avant le fait que la stratégie européenne risquait d'engendrer une fragmentation (EUROPE 12508/4). « Un vaccin doit être un bien public mondial. Mais cela devrait être un consensus du monde entier. Sans cela, cela ne peut pas fonctionner. Certains pays se dirigent vers des mécanismes pour s'alimenter. Et cela peut compromettre l'accès mondial ou en faire un bien public mondial. Nous avons donc besoin d'un engagement politique fort », a réagi Tedros Adhanom Ghebreyesus, laissant entrevoir un certain scepticisme vis-à-vis de l'approche européenne. (Sophie Petitjean)