Les électeurs polonais seront appelés à se rendre aux urnes, dimanche 28 juin, pour le premier tour d’une élection présidentielle particulièrement chahutée. Celle-ci devait en effet initialement se tenir le 10 mai, mais la pandémie avait conduit de nombreux acteurs et opposants politiques au PiS, mais aussi une série d’observateurs internationaux, à demander le report de ce scrutin que le pouvoir avait voulu maintenir par correspondance.
Le gouvernement avait finalement accepté de repousser l’échéance alors que nombre de candidats se plaignaient du fait que la Covid-19 les avait empêchés de faire campagne. La Commission elle-même avait laissé entendre que des élections tenues dans un contexte difficile devaient donner toutes les garanties d’indépendance nécessaire et d’accès équitable au vote.
La présidentielle polonaise va notamment opposer l’actuel président du pays, Andrzej Duda (PiS), favori pour le premier tour, au maire de Varsovie, le libéral Rafal Trzaskowski, considéré comme son principal rival, mais aussi à l’eurodéputé polonais membre du S&D Robert Biedroń, également candidat à la présidentielle.
L’eurodéputé, qui s’exprimait ce 26 juin aux côtés de l’eurodéputé allemand Jens Geier (S&D) devant la presse, a confirmé la difficulté des autres candidats à faire campagne, le Polonais évoquant notamment l’avantage dont a disposé le président actuel du pays, qui, à ce titre, a pu visiter des usines (de gel hydroalcoolique, par exemple) pendant la crise et apparaître dans les médias quand les autres ne pouvaient pas sortir sur le terrain.
Il a aussi dit se méfier des annonces opportunes du pouvoir et, notamment, celles du président du PiS, Jarosław Kaczyński, sur l’inégalité salariale. « On ne peut pas devenir progressiste en une nuit », a-t-il ironisé alors que la campagne est marquée par ailleurs par une rhétorique anti-LGBTI.
Droits fondamentaux
M. Duda, notamment, a multiplié, ces dernières semaines, les déclarations à ce sujet, s’engageant par exemple à interdire que des questions en lien avec la communauté LGBTI soient abordées dans les écoles, s’il était élu. Les députés européens ont exprimé leurs inquiétudes à cet égard (EUROPE 12505/22).
Le Réseau européen de la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) a en outre alerté sur la signature par le président polonais, le 23 juin, d’une nouvelle loi dans le cadre du quatrième paquet de « mesures liées à la pandémie ».
Cette loi, qui modifie le Code pénal, prévoit notamment des peines pour offense au président, pour les petits vols et les erreurs médicales ainsi que des peines de prison, pouvant aller jusqu'à 8 ans, en cas de pratique d’avortements en dehors des limites de la loi polonaise, l'une des plus restrictives d'Europe, rappelle l'IPPF.
L'avortement n’est en effet légal en Pologne que pour sauver la vie ou préserver la santé des femmes, lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste ou dans des situations d'anomalie fœtale grave. Cette dernière exception, toutefois, est actuellement menacée par un projet de loi controversé (EUROPE 12467/25), dont plusieurs groupes politiques au PE avaient demandé le rejet en avril dernier. (Solenn Paulic et Agathe Cherki)