La Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) a annoncé, mercredi 3 juin, qu’elle entendait mettre fin, pour les trois prochains mois, à sa coopération en matière de gestion du trafic aérien (ATM) avec la Direction générale de la mobilité et des transports (DG MOVE) de la Commission européenne.
Cette décision a été prise sur la base de plusieurs rapports faisant état de pressions exercées par la DG MOVE sur des employeurs du secteur afin de les contraindre à réduire les coûts de main-d'œuvre des prestataires de service de la navigation aérienne (PSNA).
Des fonctionnaires européens auraient appelé à des licenciements et à des réductions de salaire, détaille une déclaration publiée par l’ETF.
« La Commission a notamment demandé que chaque État lui présente une étude sur l’ensemble des mesures de réduction de la masse salariale prises dans le secteur afin de pouvoir comparer les résultats nationaux », a détaillé à EUROPE Charles-André Quesnel, contrôleur aérien, président du comité ATM de l’ETF et cosignataire de la déclaration.
Industrie en péril
L’organisation déplore l’intervention de la Commission, « en conflit avec les autorités nationales » dans un domaine où elle n’a « aucune compétence », et juge l’initiative particulièrement malvenue alors que la pandémie de Covid-19 a cloué les avions au sol.
« Depuis le mois de mars, les prestataires de services de la navigation aérienne en Europe ne reçoivent plus aucune ressource », a précisé M. Quesnel. Eurocontrol a en effet accepté de reporter le paiement des charges des compagnies aériennes (EUROPE 12463/21), soulageant ces dernières, mais mettant en difficulté les prestataires de service.
Les réductions de coûts demandées par la Commission devraient également permettre de soulager encore les compagnies, qui financent les prestataires de services de la navigation aérienne (PSNA).
Pour l’ETF, cela revient à privilégier les intérêts des compagnies aériennes par rapport à ceux des travailleurs du secteur.
Réduire les effectifs des PSNA mettrait également en péril toute l’industrie de l’ATM pour les années à venir, selon M. Quesnel. « Et quand on réduit les contrôles, les avions font des routes plus longues », ce qui ne va pas dans le sens des objectifs climatiques de la Commission, a-t-il encore précisé.
Suspension des travaux
L’ATCEUC, organisation qui représente essentiellement des contrôleurs aériens, s’est associée à l’ETF en mettant aussi un terme à sa coopération avec la Commission. Les différentes parties prenantes travaillaient en effet à l’élaboration d’une feuille de route visant à améliorer les services du contrôle aérien en Europe.
Or, selon Charles-André Quesnel, « il est antinomique que la Commission souhaite travailler à une amélioration de la performance tout en nous demandant de casser les coûts ».
Cette décision a été notifiée à la Commission mercredi matin, a confirmé l’ETF à EUROPE, indiquant avoir reçu une réponse de l'institution européenne un peu plus tard dans la journée. À l’heure où nous mettions sous presse, la Commission n’avait toutefois pas donné suite à nos sollicitations. (Agathe Cherki)