L'ambition du projet de stratégie de l'UE pour la biodiversité à l'horizon 2030 est montée d'un cran, à en juger par une mouture du texte vue par EUROPE et nettement plus élaborée (29 pages) que la version du mois de mars (EUROPE 12422/1). Et pour cause : la pandémie de Covid-19 prend toute sa place dans la communication que prépare la Commission en vue de la présenter le 20 mai, selon son calendrier prévisionnel.
Inscrite dans le cadre du Pacte vert européen (Green Deal) pour contribuer à résoudre la crise urgente de la biodiversité, une crise aussi grave que celle du changement climatique, cette future stratégie devra faire partie du plan de relance post-Covid, avertit l'institution. Et pour mieux poser les enjeux, elle insiste à la fois sur les liens entre la destruction de la biodiversité et les pandémies et sur la valeur des écosystèmes livrés par la biodiversité pour l'ensemble de l'économie.
« Le risque d'apparition de maladies, y compris de pandémies, augmente à mesure que la nature est détruite. La récente apparition de la pandémie de Covid-19 a sensibilisé aux interrelations entre notre santé, les écosystèmes, les chaînes d'approvisionnement, les modes de consommation et les frontières planétaires », souligne l'institution.
Elle rappelle aussi que près de la moitié du PIB mondial, soit quelque 40 000 milliards d'euros, dépend de la nature et des services qu'elle fournit et que les secteurs de la construction, l'agriculture et l'alimentation, qui génèrent ensemble près de 7 300 milliards d'euros dans l'économie, sont tous fortement dépendants de la nature
« Une planète saine et riche en biodiversité est une condition préalable absolue pour que les entreprises puissent se développer et pour que l'économie se redresse après une crise telle que celle du Covid-19 », affirme la Commission.
Partant, cette stratégie compte s'attaquer aux cinq moteurs de perte de biodiversité que sont les changements dans l'utilisation des terres et des mers, la surexploitation des ressources et des organismes, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes.
Restaurer au moins 30% des zones marines et terrestres. La Commission entend que l'UE crée un véritable réseau transeuropéen de zones protégées avec un pourcentage contraignant d’au moins 30% de zones marines et terrestres (alors que précédemment, elle n'envisageait qu'au maximum 30%).
À cette obligation s'ajouterait l'objectif indicatif d'assurer une protection stricte à un tiers de l'ensemble du réseau de zones protégées - représentant 10 % du territoire de l'UE et 10 % des mers de l'UE - y compris les forêts primaires qui devront faire l'objet d'une cartographie et d'une surveillance vigilante.
À ce stade, la Commission compte présenter en 2021 des objectifs contraignants de restauration de la nature (prairies sous-marines, zones humides, tourbières et marais, prairies semi-naturelles forêts anciennes et forêts primaires, après une évaluation d'impact.
Les États membres, eux, devront s'engager à faire en sorte qu'au moins 30% des espèces et des habitats qui ne sont pas dans un état favorable le soient d'ici 2030 ou, du moins, affichent une tendance positive marquée. Toutefois, cet objectif ne sera pas contraignant. Il conviendra que les États membres notifient à la Commission, d'ici 2021, les espèces et les habitats en mauvais état et les mesures qu'ils comptent prendre.
Une réduction de moitié de l'utilisation et des risques des pesticides. S'agissant des pesticides dans l'agriculture, la Commission vise une réduction de 50% de l'utilisation et des risques des pesticides chimiques d'ici 2030 et une réduction de 50% du risque que comportent les pesticides à haut risque.
Elle fixe aussi comme objectif de rétablir au moins 10% de la surface agricole utilisée en paysages de haute diversité et de consacrer au moins 25% des terres agricoles à l'agriculture biologique - dans le cadre du futur plan d'action à ce sujet.
Pour consulter le projet de communication : https://bit.ly/3dpnKaU (Aminata Niang avec Lionel Changeur)