Alors qu'à travers l'Union (EUROPE 12471/7, 12468/15), des appels à réduire la dépendance européenne dans son approvisionnement de biens médicaux se font entendre, EUROPE s’est penchée sur deux analyses portant sur les échanges européens de matériel médical - l’une du Service de recherche du Parlement européen (EPRS), publiée le 21 avril, l’autre du groupe de réflexion Bruegel, datée du 20. Toutes deux affirment que l'autosuffisance n'est pas la solution.
Dès le début de la pandémie de Covid-19 dans l’Union, le réveil des responsables politiques a été pénible : des pénuries de produits médicaux sont rapidement apparues, aggravées parfois par des restrictions aux exportations de produits médicaux.
Dans l’UE, les gouvernements ont donc pris des initiatives d'urgence pour produire des produits médicaux. Le 15 mars, la Commission a, à son tour, proposé des exigences d’autorisation à l’exportation hors UE de certains de ces produits (EUROPE 12467/7, 12447/7).
Des voix s'élèvent dorénavant pour assurer l'autosuffisance européenne et rapatrier la production de ces produits.
Des chaînes de valeur complexes
L'EPRS, dans son analyse, révèle que les importations européennes de matériel médical - produits pharmaceutiques, équipements médicaux, équipements de protection individuelle (EPI) et fournitures médicales - sont largement dépendantes de seulement cinq partenaires commerciaux, qui lui fournissent 75% de son matériel. Il s'agit de la Suisse, du Royaume-Uni, des États-Unis, de la Chine et de Singapour.
Mais, souligne l’étude du Parlement, la production de ces produits est beaucoup plus dispersée et les chaînes de production beaucoup plus complexes que ne le suggèrent les chiffres des importations directes.
C'est pourquoi les services du Parlement estiment que la recherche d'autosuffisance serait à la fois complexe et coûteuse, étant donné le large éventail de pays d'origine.
« La forme que prendra la prochaine épidémie est incertaine, alors que le maintien de chaînes d'approvisionnement entières pour un grand nombre de produits dans l'UE coûterait trop cher et pourrait conduire à des tensions internationales majeures », conviennent également les chercheurs de Bruegel, appelant à utiliser des substitutions aux importations avec prudence, pour des produits spécifiques seulement.
Un exportateur net
Les deux analyses soulignent en effet que l’UE est, en réalité, un exportateur net de tous ces produits.
Une politique de rapatriement de la production pourrait, en fin de compte, menacer les filières européennes d’un retour de manivelle, estiment les chercheurs de Bruegel. L'Union étant l’un des plus grands producteurs de produits médicaux, elle a tout intérêt à maintenir un marché mondial sans entraves pour écouler ses produits.
L’UE est surtout confrontée à des difficultés pour se procurer des fournitures médicales de faible technologie, note enfin l’analyse de Bruegel, qui pointe que, dès l’identification d’un vaccin, l’Europe serait en position plus favorable, car elle exporte environ 30% de tous les vaccins à l'échelle mondiale.
En fin de compte, les auteurs invitent plutôt l’Union à adopter une réponse ciblée et à mieux se préparer aux urgences, notamment via un meilleur stockage, qui pourrait être géré via rescEU et le mécanisme européen de protection civile. (Hermine Donceel)