Les Vingt-sept ont tiré les premières leçons de la crise de la pandémie de Covid-19, qui figurait à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres du Commerce, tenue par visioconférence jeudi 16 avril. Se pose à cet égard, avant tout, l'épineuse question de la résilience européenne.
Améliorer la résilience européenne
L’analyse des effets de l’impact de la crise du coronavirus sur les échanges commerciaux n’en est qu’à ses prémisses. Mais, parmi ses premiers enseignements, cette crise a appris à l'Union la vulnérabilité des chaînes de valeurs européennes et révélé les dilemmes de solidarité à travers des barrières au commerce, y compris à l’intérieur du marché unique.
La crise du Covid-19 a ainsi douloureusement posé la question de la résilience européenne. Si le commissaire au Commerce, Phil Hogan, a souligné qu’« une politique commerciale ouverte fera partie de tout futur plan de relance économique », pour que l’Union tire les enseignements de la crise sanitaire, les responsables européens devront « réfléchir à la manière d’assurer l’autonomie stratégique de l’UE », en commençant par « une discussion factuelle sur ce que signifie être stratégiquement autonome », a-t-il affirmé.
Au cours des échanges, les États membres se sont déjà accordés sur le fait qu’il faudra diversifier davantage les sources des chaînes d’approvisionnement de l’Union pour en assurer la résilience.
Si cela n’implique pas exclusivement que l’UE assure localement sa production, la question d'accroître les capacités industrielles de l'Union est donc posée. Ces questions auront un impact non négligeable sur la stratégie de relance économique, en vue, notamment, de renforcer de manière durable la base industrielle européenne.
Corrélée également, la question du stockage stratégique, dont il faut prendre en compte la dimension européenne, « car il est évident que ces objectifs ne peuvent être atteints que si nous agissons ensemble », a estimé M. Hogan.
Infléchissement de la politique commerciale ?
Mais la dimension de durabilité de la politique commerciale européenne porte au-delà de la résilience économique, ont rappelé plusieurs pays lors de ce Conseil. Cette durabilité est aussi sociale, climatique, environnementale et doit être inscrite au coeur des accords de libre-échange (ALE).
« Il est maintenant plus que jamais évident que le développement durable doit faire partie de la solution et nous devrions donc envoyer un message fort à cet égard à nos partenaires commerciaux », a rappelé le ministre des Affaires européennes du Luxembourg, Jean Asselborn.
« Personnellement, je pense que nous ne pouvons pas simplement revenir à la situation actuelle », a estimé pour sa part la ministre néerlandaise du Commerce, Sigrid Kaag. « Le commerce passe par la nouvelle lentille de la vulnérabilité, mais aussi de l'opportunité », a-t-elle déclaré, après la réunion, à quelques journalistes, dont EUROPE. « Et j'aimerais profiter d'une autre réunion du Conseil pour voir si les accords commerciaux que nous avons menés et agrées jusqu'à présent sont toujours le bon format et comment nous pouvons les aborder, compte tenu également d'un énorme mécontentement politique et d'une opposition contre ce que les gens considèrent comme l'impact négatif de la mondialisation », a-t-elle conclu.
Initiative multilatérale
Si les chancelleries européennes ont rappelé leur engagement multilatéral, s’accordant à dire que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) doit garder un rôle clef dans la réponse à la crise, le maintien d’un agenda multilatéral actif est particulièrement compliqué en l’absence de réunion physique à l’OMC.
Cependant, des initiatives suédoise et néerlandaise circulent, visant à promouvoir un accord multilatéral sur les produits de santé essentiels qui permettrait la levée des barrières commerciales sur ces produits. La ministre néerlandaise espère fusionner ces propositions avant de les porter à la fois à l'OMC et à l'OMS.
SOS sidérurgie
Parmi les secteurs les plus fragilisés par la crise, l’état de santé de l’industrie sidérurgique européenne s’est invité à la discussion du jour, portée surtout par l’Allemagne, l’Italie et le Luxembourg. Ces pays se sont d’ailleurs félicités de l’initiative de la Commission en vue de réviser les mesures de sauvegarde sur l’acier, estimant, avec M. Asselborn, qu’une « nouvelle ouverture des quotas n’est pas opportune dans les circonstances actuelles » (EUROPE 12426/16). (Hermine Donceel)