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Bulletin Quotidien Europe N° 12468
REPÈRES / RepÈres

Covid-19 et UE-27, l’histoire et les enseignements (3/4)

Le 2 mars, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), le risque de transmission du virus, de ‘modéré’, devient ‘élevé’. À Bruxelles, une équipe de cinq commissaires est constituée pour se concentrer sur les trois aspects déterminants : la santé, la mobilité et l’économie.

Un mouvement se dessine parmi une vingtaine d’États membres pour procéder à des achats communs de matériel médical approprié. À ce moment, l’espace Schengen de libre circulation des personnes est encore respecté et la Commission met l’emphase sur la mobilité des citoyens. Le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, évoque cependant un possible assouplissement des règles budgétaires pour les pays touchés par la pandémie, bien qu’aucun État membre n’ait introduit de demande. Quoi qu’il en soit, le Covid-19 fera baisser la croissance économique, déjà fragile.

Pour sa part, le Parlement décide de fonctionner au ralenti, sans visites ni auditions, pour raisons sanitaires. La peur est là, l’ennemi se rapproche. Quelques jours plus tard, l’arbitrage est rendu sur le lieu de la prochaine session plénière : Bruxelles au lieu de Strasbourg, à la fureur des Français.

Toujours sur ses rails, la Commission dévoile, le 4 mars, la pierre angulaire du Green Deal européen : sa fameuse loi-climat, à forte couverture médiatique. Mais des cas supplémentaires de contamination ont été constatés au Portugal, en Pologne, en Hongrie et en Slovénie. Une deuxième réunion extraordinaire des ministres de la Santé se tient le 6. La France, l’Allemagne et la République tchèque sont accusées de limiter leurs exportations, spécialement de matériel médical (gants, masques, etc.) : la Commission doit rappeler les règles du marché intérieur.

Le 9 mars, tous les Italiens sont mis en quarantaine par décision du gouvernement Conte. L’ampleur de la crise sanitaire agit comme un déclic ; Charles Michel convoque pour le lendemain une réunion extraordinaire du Conseil européen, en visioconférence. Par ailleurs, faisant, devant la presse, le bilan des 100 premiers jours de la nouvelle Commission, la présidente von der Leyen doit bien reconnaître que l’épidémie est venue soudain noircir le tableau ; elle cible ses propos sur l’action de son institution, dans l’espoir d’atténuer l’impact psychologique négatif sur l’économie (spécialement italienne).

La réunion des ‘leaders’, le 10 mars, n’y aura rien fait. Dès le lendemain, plusieurs gouvernements, l'Autriche en tête, suivent leur pente nationale : la fermeture des frontières internes à l’Espace Schengen, souvent sans prévenir la Commission. À croire que, depuis la crise migratoire et les attentats terroristes, les États s’autorisent à faire chacun son shopping dans les coups de canif aux accords de Schengen, quand bien même l’enjeu serait différent. Hongrie, Slovaquie, Danemark, Chypre, Pologne, République tchèque, Espagne, Portugal, Allemagne, France : en avant ! Et bien sûr, s’ensuivent des files interminables de camions aux postes-frontière restaurés pour la cause, avec leur impact sur la santé des routiers et sur le fonctionnement du marché unique. Du coup, la Commission s’empresse de proposer les files spéciales pour les véhicules contenant des biens sanitaires et de première nécessité.

Le 12, l’évaluation des risques, produite par l’ECDC, est carrément alarmante. L’OMS juge que l’Europe est désormais l’épicentre de la pandémie. L’affaire se mondialise, comme l’exprimera, le 16, la réunion extraordinaire du G7. C’est seulement le 17 mars, que la Commission se dote d’un Conseil scientifique spécialisé en Covid-19. Le même jour, une deuxième réunion extraordinaire du Conseil européen se tient, après que 400 personnalités ont lancé un appel solennel en faveur d’une réponse européenne à la menace du coronavirus.

Mais, sur les mesures à prendre pour protéger la population, les philosophies des ‘leaders’ divergent. Dans la foulée du Royaume-Uni, qui y renoncera vite, les gouvernements néerlandais et suédois s’opposent au confinement au nom de ‘l’immunité de groupe’, thèse critiquée par les scientifiques. À l’inverse, des mesures drastiques, déjà en vigueur en Italie, sont décrétées, notamment en Espagne, en République tchèque et bientôt en Belgique et en France. L’Allemagne s’est lancée dans une maximisation des tests de dépistage, avec pour résultat, jusqu’ici, un taux de mortalité plus faible que ses grands voisins. Et si le Portugal ou la Lituanie interdisent les rassemblements de plus de 100 personnes, le maximum autorisé est de 5 en Autriche. Certains gouvernements s’orientent déjà vers la réouverture de commerces ou écoles, ce qui déplaît à d’autres, plus rigoristes. Bien sûr, chaque situation nationale a ses caractéristiques propres, mais le paysage général fait un peu désordre. La Commission a donc travaillé sur une communication indiquant des orientations communes aux États membres pour la levée des confinements : après plusieurs reports et des protestations de quelques gouvernements, elle a dû se résoudre à sortir, le 15 avril, un atypique document commun avec le président du Conseil européen ; la seule communication adoptée par la Commission, le même jour, porte uniquement sur les tests de dépistage (EUROPE 12467/2).

Le Conseil européen du 17 mars s’est au moins accordé sur la fermeture des frontières externes de l’Union (sauf voyage jugé essentiel) et sur le rapatriement de citoyens de l’UE séjournant dans les pays tiers, avec un financement partiel du budget européen.

Quoi qu’il en soit, la facture du déficit d’anticipation sera lourde. (À suivre).

Renaud Denuit

Voir le premier volet : EUROPE 12466/1

Voir le deuxième volet : EUROPE 12467/1

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