Le débat sur la réponse européenne au Covid-19 entre eurodéputés et Commission européenne a fait émerger un consensus, jeudi 16 avril, sur la nécessité de faire table rase du passé et d’aborder l’avenir de l'Union européenne avec des ambitions budgétaires, stratégiques, mais aussi idéologiques renouvelées.
Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, seul le cadre financier pluriannuel (CFP) permettra de concrétiser un nouveau ‘Plan Marshall’ (EUROPE 12460/5). Le CFP est connu des États membres, déjà en place, et utilisable rapidement, en plus d’être un instrument de convergence et d’investissement, a-t-elle considéré. Et d'estimer nécessaire de donner « un coup de fouet » au prochain budget européen en l'articulant autour du Pacte vert européen (EUROPE 12467/4).
Le prochain cadre financier pluriannuel, qui fera l'objet de nouvelles propositions de la Commission fin avril, a été au cœur de nombreuses interventions de nombreux eurodéputés. Les quatre groupes politiques qui soutiennent la résolution commune, soumise au vote ce jour (EUROPE 12468/2), ont tous plaidé pour une Union ambitieuse, tout en restant vagues sur les solutions et muets sur les chiffres.
Esteban González Pons (PPE, espagnol) a concentré son intervention sur l’architecture de la gouvernance européenne qui doit être plus « efficace ». Pour le Roumain Dacian Cioloș, président du groupe Renew Europe, il faut agir « quoiqu’il en coûte » ('whatever it takes'). La présidente du groupe S&D, Iratxe García, a préconisé la mutualisation des dettes, parlant de ‘recovery bonds’ plutôt que de ‘coronabonds’. Même Raffaele Fitto, président du groupe CRE, a estimé que la crise sanitaire que traverse l'Union doit rebattre les cartes. Pour lui, il serait toutefois « inimaginable » de bâtir la relance sur le Pacte vert européen.
Pierre Larrouturou (S&D, français) a exhorté Mme von der Leyen à s’inspirer de l’action de l'ancien président américain Franklin Roosevelt. Sous son mandat, le budget fédéral américain avait triplé et le plan Marshall pour l'Europe avait représenté 4% du PIB européen. Siegfried Mureşan (PPE, roumain) a mentionné la nécessité de créer un fonds européen doté de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour soutenir les hôpitaux européens.
La grande majorité des eurodéputés et la Commission européenne ainsi que le président du Conseil européen ont convergé sur l’importance d’approfondir à l’avenir le marché unique, ce projet pour sortir de la stagflation lancé par Jacques Delors, comme l’a rappelé le libéral belge Guy Verhofstadt. Point intéressant, la présidente de la Commission a indiqué que le marché unique et la Politique de cohésion, qu'il convient tous deux de renforcer, constituent « les deux faces d’une même médaille ».
Insistant sur l'ampleur de la tâche qui attend l'Europe, Mme von der Leyen a invoqué le Manifeste de Ventotene, qui prônait une révolution européenne socialiste, et le ‘Plan Marshall’, vaste plan américain d’inspiration keynésienne, soit deux référents plutôt éloignés de l’orthodoxie économique, qui a souvent prévalu jusqu’alors dans les politiques de l’Union.
Du côté du PE, l’interventionnisme étatique et la nécessité de relocaliser certaines productions stratégiques ont été mentionnés à de nombreuses reprises, à gauche bien sûr, mais aussi par plusieurs eurodéputés de droite et libéraux. Le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, a formulé l'idée d’une Europe « plus patriotique » et a mentionné la nécessité d’analyser la situation pour « décider ce que nous devons produire ici en Europe ».
Deux présidents de groupe ont toutefois appelé à un changement bien plus radical. La Française Manon Aubry, co-présidente de la GUE/NGL, qui rejette la résolution commune, a fustigé les politiques d’austérité « qui tuent » et la nécessité de mettre un terme à la « petite musique » libérale. Le Belge Philippe Lamberts, coprésident du groupe Verts/ALE a estimé que le virus sonne le glas de l’air de « l’homo economicus’, du 'toujours plus' », de l’austérité et de la mondialisation néolibérale.
État de droit. Les attaques polonaises et hongroises contre l’État de droit ont également été citées à de nombreuses reprises lors du débat, notamment par M. Lamberts et M. Cioloș (EUROPE 12468/4). M. Šefčovič les a également évoquées, assurant que la Commission surveillait de « très près » les deux États membres.
L’avenir de l'Union se construira également par rapport à la Chine et aux États-Unis. La Chine a divisé au sein de l’hémicycle : d'aucuns fustigeant la propagande chinoise et ses mensonges, comme M. González Pons, à l’étonnement de certains. « Propagande, quelle propagande chinoise ? », s’est ainsi interrogé Marc Botenga (GUE/NGL, belge). (Pascal Hansens)