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Bulletin Quotidien Europe N° 12467
REPÈRES / RepÈres

Covid-19 et UE-27, l’histoire et les enseignements (2/4)

Le drame commence au centre de la Chine, dans la province de Hubei : au marché de Wuhan, des animaux sauvages et des fruits de mer sont entreposés et vendus. En décembre 2019, des personnes qui y travaillent développent des symptômes atypiques. Le régime chinois veut d’abord faire taire les médecins locaux, mais le virus inconnu se propage à une vitesse étonnante. Il semble bien avoir été transmis à l’homme par le pangolin, qui le tenait de la chauve-souris.

Vient l’an neuf : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est alertée. La population de Wuhan, et finalement l’ensemble du territoire chinois, sont en phase de contamination. L’affaire transpire à l’extérieur de l’empire : vers la mi-janvier, des personnes ayant vécu à Wuhan sont diagnostiquées positives, successivement en Thaïlande, au Japon, à Taïwan, à Singapour, au Canada, à Dubaï… Les passagers d’avions en provenance de Chine font l’objet de tests de dépistage. On relève également des cas à Seattle (USA), au Vietnam, au Cambodge, au Sri Lanka, au Népal, en Australie. Le coronavirus devient célèbre.

L’Europe semble à l’abri des méfaits de la bestiole : faux ! Dès le 24 janvier, la France se découvre deux cas à Paris, un à Bordeaux – tous chinois : ouf ! Idem le 29 en Finlande et le 30 en Italie. Oui, mais, en Allemagne, le 28, des personnes dépourvues de tout symptôme se sont transmis la maladie. Un Allemand, aux Canaries, est aussi jugé contaminé. Janvier s’achèvera par la recension de cas supplémentaires (Suède, Royaume-Uni, Russie, USA, Inde, Philippines), mais ils ne sont pas légion et le taux de mortalité est faible : laissons les Chinois faire le ménage chez eux et, pour le reste, dormons sur nos deux oreilles, pensent encore la plupart. Si, à l’époque, les Européens avaient supprimé les vols à destination des foyers asiatiques de l’épidémie et testé tous les passagers en provenance de ceux-ci, beaucoup de vies auraient pu être épargnées.

Néanmoins, la Commission européenne consacre 10 millions d’euros du programme ‘Horizon 2020’ pour stimuler la recherche sur ce nouveau virus. Le Conseil de l’UE se réveille le 29 janvier, ‘envisageant’ une réunion des ministres de la Santé. Le lendemain, au Parlement européen, l’on prône une réponse unitaire, mais sans emphase sur l’urgence. Or dès cette période, l’on savait :(1) que le virus pouvait se propager à grande vitesse ; (2) qu’une personne pouvait le transmettre sans en ressentir elle-même les symptômes ; (3) qu’au moins six pays de l’UE étaient déjà concernés.

Février sera l’aurore du grand déménagement. Le premier décès hors de Chine a lieu le 2, aux Philippines. La Commission adresse ses condoléances à la famille du Docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte mal traité par le régime et ayant succombé au virus le 6 février. Elle envoie des équipements sanitaires en Chine et commence à soutenir le rapatriement des Européens. La maladie s’est répandue à bord d’un gros bateau de croisière battant pavillon britannique et naviguant en Asie, le Diamond Princess : ses 3 700 passagers sont placés en quarantaine dans le port de Yokohama par les autorités japonaises. Entretemps, le 9, la France aura eu la surprise de découvrir sur son sol savoyard des sujets britanniques à désinfecter et, avec eux, la paisible station des Contamines-Montjoie. Deux jours plus tard, l’Allemagne enregistre 16 cas de Covid-19. L’Union commence à s’inquiéter d’une possible pénurie d’équipements sanitaires.

Le jeudi 13 seulement, les ministres de la Santé de l’UE tiennent leur réunion extraordinaire, à la demande d’à peine trois États membres (l'Allemagne, la France et l'Italie). L’Agence internationale de l’Énergie craint un effet collatéral de la progression du virus : la chute de la demande mondiale de pétrole. Le cap de 2 000 morts est franchi le 19 en Chine ; les vols en provenance de ce pays sont enfin suspendus. De nouveaux cas sont constatés dans une douzaine de pays non européens : Corée du Sud (massivement), Égypte, Iran, Israël, Liban, Irak, Bahreïn, Koweït, Afghanistan, Algérie, Pakistan, Brésil…

Mais la mort commence à frapper chez nous. Le 15, le premier décès hors d’Asie a lieu à Paris ; la victime est chinoise, mais tel ne sera pas le cas en Italie six jours plus tard. Le nord de la Péninsule se révèle l’épicentre de tous les dangers. Une vingtaine de villes de Lombardie et de Vénétie interdisent l’accès aux lieux publics le 21 février. Une réunion des ministres d’Italie et de ses pays limitrophes se tient le 25. Des mesures régionales de confinement ont été prises, mais la Toscane, la Ligurie et la Sicile sont rapidement touchées. En fin de mois, la Belgique, la Grèce, la Roumanie, le Danemark, les Pays-Bas, la Lituanie, le Luxembourg et l’Irlande ont rejoint le triste club, qui compte alors 14 États membres au total. Mais la charge des souffrances est inégalement répartie. La barre des 1 000 cas est franchie en Italie, qui compte déjà une trentaine de morts, majoritairement en Lombardie ; celle des 100 cas est atteinte en France, avec un foyer dans l’Oise ; la maladie progresse aussi en Allemagne (Hambourg, Rhénanie du Nord-Westphalie, Hesse, Bavière, Baden-Württemberg).

L’OMS juge ‘très élevé’ le risque d’une internationalisation du fléau. Pendant ce temps, l’Union digère l’échec du Conseil européen sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 et a surtout les yeux sur la situation gravissime en Syrie et dans la région. Côté virus, les institutions se sont d’abord préoccupées de la sécurité de leur propre personnel.

Mars les obligera vite à élargir leurs soucis. (À suivre).

Renaud Denuit

Voir le premier volet : EUROPE 12466/1

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