Après les ministres européens du Commerce (EUROPE 12468/15), le commissaire européen, Phil Hogan, et la commission du commerce international (INTA) du Parlement européen ont posé à leur tour les premiers éléments d'une réponse commerciale européenne aux défis posés par la pandémie de Covid-19, mardi 21 avril.
Au cours d'une première réunion par visioconférence, les eurodéputés ont tiré de premiers enseignements, à court et moyen termes.
La pandémie « a changé l'image globale par rapport à tout », a considéré M. Hogan, convaincu que la commission INTA « a également un rôle à jouer ». Il a confirmé que la Commission avait avancé la révision de la politique commerciale de 2021 à 2020 pour tirer au plus vite les leçons de la crise sanitaire.
De leur côté, certains États membres ont entamé un travail d'analyse, les Pays-Bas, la Suède et l'Irlande ayant déjà publié des pistes de réflexion.
Sans surprise, des députés de plusieurs groupes politiques ont déploré la dépendance européenne pour la production de matériel médical et pharmaceutique, appelant la Commission à ajuster, notamment, sa politique industrielle dans ce sens.
« Nous devons réduire nos dépendances commerciales qui nous rendent vulnérables » : la diversification des chaînes de production et leur meilleure résilience sont nécessaires, a admis le commissaire. Mais l’Union continuera à poursuivre une politique commerciale ouverte et équitable. « L'autosuffisance n'est pas une option… étant donné la complexité de nos chaînes d'approvisionnement », a-t-il averti.
M. Hogan envisage également de renforcer la boîte à outils de l’UE pour la protéger contre les pratiques déloyales provenant de pays tiers. « De nombreux instruments peuvent désormais être déployés en 2020 », a-t-il dit, tels que le filtrage des investissements étrangers ou l'instrument international sur les marchés publics.
Enfin, selon le commissaire, il faut travailler à améliorer les règles multilatérales à l’OMC, en ligne avec les nouvelles réalités de l'économie numérique et de l'action climatique.
Kathleen Van Brempt (S&D, belge) a appelé l’UE à promouvoir un accord international dans le cadre de l’OMS et de l’OMC pour s’accorder sur un commerce détaxé des produits nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Une proposition avancée lors du Conseil 'Commerce' (EUROPE 12468/15).
Nous devons voir ce que nous pouvons faire mieux au niveau européen qu'au niveau national, a également pointé M. Hogan, soulignant les limites de la compétence européenne en matière de santé. Selon lui, la coordination européenne peut faire la différence, notamment lorsqu'il s'agit de multiplier les acteurs industriels pour produire des équipements essentiels de protection sanitaire.
Restrictions aux exportations dans l’UE
Phil Hogan est aussi revenu sur les objectifs et motivations de la réglementation qui soumet à autorisation l'exportation de certains équipements médicaux (EUROPE 12447/7).
« Nous pensons que les mesures ont été efficaces », a-t-il affirmé, « notamment pour assurer une approche uniforme dans l'ensemble de l'Union en supprimant largement les restrictions à l'exportation et les exigences d'autorisation imposées au niveau des États membres. »
Ces mesures expirant le 25 avril, la Commission a envoyé aux États membres sa nouvelle proposition de réglementation (EUROPE 12467/7).
Depuis la publication de cette réglementation, l’Allemagne a levé ses restrictions, l’Italie interdit toujours l'exportation d'équipements de protection individuelle et de respirateurs, la République tchèque et la Bulgarie font de même pour les masques et la Belgique pour les produits essentiels, a énuméré M. Hogan. (Hermine Donceel)