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Bulletin Quotidien Europe N° 12471
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / SantÉ

Covid-19, l'évaluation de la réponse européenne viendra dans un second temps, dit la Commission aux eurodéputés

Les commissaires européens Stella Kyriakides (Santé) et Janez Lenarčič (Protection civile) n'ont pas ménagé leurs efforts, mardi 21 avril, pour convaincre les eurodéputés de la commission 'environnement et santé publique' de leur total investissement dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. 

La commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a d'ailleurs annoncé le lancement de deux nouveaux marchés publics communs, consacrés respectivement aux équipements de protection individuelle et aux thérapeutiques, sur demande de la France. Janez Lenarčič, pour sa part, a annoncé les premières livraisons de matériel médical (des respirateurs et des masques) de la réserve stratégique d'équipements médicaux RescEU « dans les prochains jours ».

Tout en reconnaissant des retards initiaux dans la réponse européenne, il a souligné que la situation s'était « peu à peu améliorée » en matière de préparation, de solidarité entre États membres et de coordination. Il a appelé les députés à bien doter le mécanisme de protection civile de l'UE dans le prochain budget 2021-2027 pour être mieux équipés à l'avenir.

La priorité : gérer l'urgence

Face aux critiques formulées par certains députés issus notamment du groupe Identité et Démocratie, Stella Kyriakides a rappelé que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), à travers un exercice de surveillance, et la Commission, à travers un premier achat commun d'équipements de protection individuelle, s'étaient mobilisés dès la fin janvier, alors que le virus ne s'était pas encore largement propagé à travers l'Europe. Reconnaissant que la coordination aurait pu être meilleure, elle a maintes fois souligné qu'il s'agissait d'une « crise sanitaire sans précédent ». 

Selon elle, à ce stade, il convient de regarder « vers l'avant ». « Nous sommes au milieu d'une crise. Nous aurons l'occasion de regarder en arrière, nous aurons la conférence sur le futur de l'Europe. Mais là, mon objectif quotidien, c'est de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauver des vies, car derrière les chiffres se cachent des gens », a-t-elle déclaré. 

La veille, elle avait exhorté les ministres de la Santé à apporter leur soutien à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), indiquant qu'une évaluation viendrait en son temps pour répondre aux accusations américaines de partialité de l'organisation onusienne vis-à-vis de la Chine. 

Des demandes concrètes de la part des députés

Ce sentiment d'urgence a permis à la commissaire de balayer plusieurs idées de réforme avancées par les députés, comme l'idée de Jytte Guteland (S&D, suédoise) de prévoir plus de compétences européennes en cas de menace sanitaire, celle de Michèle Rivasi (Verts/ALE, française) consistant à mettre en place des « stress tests » des stratégies de santé de chaque État membre ou encore celle de Jutta Paulus (Verts/ALE, allemande) d'une base de données paneuropéenne sur les produits pharmaceutiques ou le nombre de lits disponibles. La conférence sur l'avenir de l'Europe offrira, selon elle, « l'occasion de réfléchir à plus d'Europe dans le domaine de la santé ».

Sur le besoin d'harmoniser les méthodes de recensement des cas mis en avant dans la résolution parlementaire adoptée la semaine dernière, la commissaire Kyriakides a indiqué que l'ECDC travaillait sur une définition de cas, soulignant que les États membres avaient chacun ses propres spécificités. 

La seule échéance à laquelle s'est risquée Stella Kyriakides est celle de la fin de l'année, lorsque la Commission présentera sa stratégie pharmaceutique. Celle-ci n'aura pas pour objectif de nous rendre indépendants du reste du monde à 100%, mais mettra l'accent sur le besoin de « rapatrier la production pour augmenter la production de médicaments et d'ingrédients pharmaceutiques en Europe ». 

En conclusion, la commissaire a rappelé que le SARS-CoV-2 (ou Covid-19) n'était pas près de disparaître et qu'il nous faudrait vivre avec le virus jusqu'à ce qu'un traitement ou un vaccin soit trouvé. 

Combler le déficit de financement pour un vaccin. « En bout de course, vaccins et remèdes sont la solution, dans un esprit de solidarité au niveau mondial », a-t-elle dit. Évoquant la conférence mondiale des donateurs organisée le 4 mai par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avec tous les acteurs privés et publics (EUROPE 12467/8), elle a appelé au soutien des députés « pour faire passer le message». À la députée Jutta Paulus, elle a affirmé : « il me paraît évident de garantir l'innocuité du vaccin ».

Silvia Modig (GUE/NGL, finlandaise) est la seule à avoir souligné qu'il faudrait « éviter que le droit de propriété intellectuelle freine le déploiement d'un nouveau vaccin » et que l’industrie pharmaceutique « profite de la pandémie au détriment de la santé pour faire des profits sur le dos des patients ».

 Le commissaire Lenarčič a insisté sur l'importance que revêt le mécanisme de protection civile, « un outil qui, lorsqu'il est pleinement utilisé, peut concrétiser la solidarité sur le terrain ». Si l'Italie a tardé à recevoir de l'aide, des États membres lui prêtent désormais assistance, comme la Croatie dernièrement (voir autre nouvelle). 

La création de la réserve d'équipements médicaux RescEU en un temps record est née du manque de réponse initiale, a-t-il dit, ravi que le Parlement ait déjà voté un budget rectificatif de 300 millions € pour 2020 (EUROPE 12469/7).

Renflouer le budget du mécanisme de protection civile de l'UE. Répondant à Jytte Guteland, qui demandait s'il y aurait un renforcement du budget pluriannuel du mécanisme de protection civile et de RescEU, le commissaire a dit qu'il faudrait fatalement revoir les chiffres, car la proposition de budget de la protection civile pour le prochain CFP était antérieure à la crise. Par exemple, pour RescEU, il faut 370 millions de plus pour pouvoir stocker des équipements médicaux. Quant au rapatriement des citoyens européens (48 000), la Commission s'attend à ce que le cofinancement des vols par l'UE représente un montant 10 fois supérieur aux 10 millions d'euros initialement prévus pour 2020.

« Je vous invite, ainsi que le Parlement européen dans son ensemble, à réfléchir à ce mécanisme de protection civile qu’on pourrait encore renforcer », a déclaré le commissaire. (Sophie Petitjean et Aminata Niang)

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