Le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), Luca Visentini, a fait part de ses inquiétudes concernant certains amendements sur l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE), dans une lettre envoyée aux présidents du Conseil européen, de la Commission européenne et du Conseil de l’UE, mardi 21 avril en soirée.
Lors d’un échange téléphonique avec EUROPE, le secrétaire général s'est dit inquiet de deux grandes modifications : l’introduction d’une clause de suspension (‘sunset clause’), fixée au 31 décembre 2022, et l’extension du champ d’application de l’instrument aux systèmes de santé. Pour le secrétaire général, la clause de suspension ne doit pas arriver trop tôt et doit couvrir et la crise sanitaire et la période de relance ; autrement, l'aide ne répondra que partiellement aux besoins sociaux. Quant à l’extension du champ d’application demandée par les Pays-Bas, mais aussi par la Grèce et par la Roumanie, le secrétaire général estime que le Mécanisme européen de stabilité doit couvrir les aspects liés à la santé, et SURE seulement les questions liées à l’emploi.
Un autre problème, a-t-il expliqué, est que l’instrument ne prend pas en compte la qualité des systèmes nationaux existants, rappelant que six États membres, à savoir la Hongrie, l’Estonie, la Lettonie, la République tchèque, Chypre et Malte, ne disposaient toujours pas d'un système s’apparentant à un chômage partiel. Les deux derniers États membres cités seraient sur le point de se doter d’un système similaire. En outre, certaines rémunérations en chômage partiel sont à 90% de la rémunération normale du travailleur tandis que, dans d’autres systèmes, elles ne sont qu’à 40%, rappelle-t-il. Il faut aussi analyser le taux de couverture de ces systèmes nationaux, précise-t-il.
L’autre question qui se pose sur le long terme est la combinaison de cet instrument avec le futur système européen de réassurance chômage, qui devrait être présenté par la Commission européenne en 2021, selon le programme de travail mis à jour (EUROPE 124667/23). Selon lui, l’instrument temporaire et ce futur système permanent seraient parfaitement complémentaires.
M. Visentini regrette que les partenaires sociaux n’aient pas été consultés durant l’élaboration de l’instrument. Il trouve cette approche d’autant plus regrettable que le dialogue social connait une situation très préoccupante dans plusieurs États membres, citant la Hongrie, la Pologne et la Croatie.
Le syndicaliste voit d’un bon œil la proposition d’un fonds de relance (European Recovery fund), discuté demain par les dirigeants nationaux (voir autre nouvelle), mais, à ses yeux, ce fonds doit être construit entièrement sur des subventions et non sur des prêts.
Pour consulter la lettre du syndicat : https://bit.ly/2XY2a8P (Pascal Hansens)