Si la commission du développement (DEVE) du Parlement européen a exprimé, mardi 21 avril dans la soirée, son plein soutien à la réponse globale de l'UE à la pandémie de Covid-19, avec plus de 20 milliards d'euros de contribution à une réponse mondiale et coordonnée, elle estime que l'UE doit faire preuve de leadership pour renforcer la solidarité internationale avec les pays en développement, et surtout coopérer avec ses partenaires en Afrique.
L'échange de vues par visioconférence avec les commissaires européens Jutta Urpilainen (Partenariats internationaux) et Janez Lenarčič (Gestion des crises) a mis en évidence cette préoccupation partagée.
Les coordinateurs des groupes politiques ont décidé de rédiger deux rapports d’initiative, l’un sur l'impact de la pandémie sur les pays en développement, l’autre sur les aspects humanitaires de la crise, a indiqué le président de la commission parlementaire, Tomas Tobé (PPE, suédois).
Pas assez pour l'Afrique. Le PPE a estimé qu'il ne fallait pas négliger l'implication des agences locales des pays en développement dans la réponse. Plusieurs députés, comme Udo Bulmann (S&D allemand), ont exprimé la crainte que 3,25 milliards pour toute l'Afrique sur les 20,7 milliards soient nettement insuffisants, ou, à l'instar de Charles Goerens (Renew Europe, luxembourgeois), ont insisté pour que la réponse de l'UE soit le résultat d'un effort financier supplémentaire. Le groupe ID, lui, s'est interrogé sur la pertinence de fournir, par exemple, 50 millions d'euros d'aide budgétaire au Nigeria, producteur de pétrole.
Jutta Urpilainen a annoncé que serait créée une liste des priorités et des besoins liés au Covid-19 des pays partenaires, tout en respectant les enveloppes financières par pays.
« Nous sommes inquiets pour les populations et pays les plus vulnérables, en particulier en Afrique et dans les zones de conflit au Moyen-Orient », a-t-elle dit. Elle a formulé l'espoir que les États membres contribueront davantage à l'enveloppe de 20,7 milliards d'euros disponibles pour l’instant, et qui n'est pas de l'argent frais (EUROPE 12464/13).
Elle a rappelé que la réponse de la Commission et du Service européen pour l'action extérieure consistait en 500 millions d'euros d'urgence, 2,8 milliards € pour soutenir la recherche et les systèmes de santé dans les pays partenaires et 12,3 milliards pour s’attaquer à l’impact économique et social de la pandémie, pour des millions de personnes, particulièrement les jeunes et les femmes déjà confrontés à des difficultés et risquant de tout perdre.
« Nous sommes prêts à prendre la tête de l’effort de communauté internationale contre cette menace mondiale », a-t-elle déclaré, affirmant que l'UE est un partenaire fiable de l'ONU, de l'OMS et des institutions financières internationales.
La conférence des donateurs, organisée le 4 mai par la Commission pour aider à financer un vaccin et des traitements, visera à récolter jusqu'à 7,5 milliards d'euros, a-t-elle précisé.
Appel à augmenter le futur budget humanitaire dans le CFP. Garantir une réponse humanitaire robuste dans le nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) sera au cœur de l'action de l'UE dans cette réponse globale, a souligné Janez Lenarčič. Cela, pour alléger les souffrances des populations déjà victimes de crises humanitaires, sans rogner des fonds d'opérations déjà planifiées pour 2020. Il a donc appelé le Parlement à soutenir un budget humanitaire à la hauteur du défi dans le prochain CFP.
« Même si l'angle des relations extérieures était quelque peu absent dans les semaines où la pandémie de Covid-19 a touché pour la première fois les pays de l'UE, il y a maintenant une conscience aiguë que la situation dans les pays en développement et les pays touchés par la crise rend essentielle une réponse extérieure de l'UE ambitieuse et orientée vers l'action », s'est réjoui M. Tobé.
L'accord des coordinateurs de groupes pour se concentrer sur la crise du Covid-19 aura un impact sur d'autres dossiers importants. Ainsi, la commission parlementaire n'examinera pas le nouveau cadre d'action de l'UE pour la protection et la restauration des forêts dans le monde (EUROPE 12391/5), mais un projet d’avis a été rédigé. La date butoir est le 14 mai pour le dépôt des amendements, en vue d'un vote en juin. (Aminata Niang)