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Bulletin Quotidien Europe N° 12452
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RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / SantÉ

« Aujourd'hui, on paie nos échecs du passé », selon Claire Dhéret de l'EPC

La crise sanitaire du Covid-19 met en avant les défaillances des politiques de santé publique des États de l'Union européenne et notamment leur manque d'investissement social, souligne Claire Dhéret, qui dirige le programme 'Europe sociale et bien-être' à l'European Policy Centre. L'Union européenne, dont le rôle est défini dans le traité comme un rôle de soutien aux États membres, devrait également être plus active pour coordonner les réponses à cette pandémie, note-t-elle. (Propos recueillis par Sophie Petitjean)

Agence Europe : dans une interview donnée à la presse allemande, la présidente de la Commission a reconnu que le danger du coronavirus avait été « sous-estimé » par les décideurs politiques. Partagez-vous ce constat ?

Claire Dhéret : Oui, je pense qu'on n'a pas pris cette crise sanitaire au sérieux suffisamment tôt. On aurait déjà dû tirer des leçons à la lumière de l'expérience chinoise dès janvier. Mais à l'époque, on pensait que ça n’allait pas atteindre l’Europe. Cela n'a pas été un sujet de discussion détaillée au Conseil 'Santé' et cela a été largement laissé dans les mains des États membres. Or, aujourd'hui, on réalise que, sans coordination européenne, on va droit dans le mur. Aujourd'hui, la Commission européenne essaie de rattraper le retard en lançant un certain nombre de mesures pour traiter les effets immédiats de la crise et anticiper les dommages collatéraux, dans des domaines aussi divers que la mobilité, le budget ou encore les politiques économiques. 

Quel est l'état de préparation des États membres au Covid-19 ? 

Il convient de noter des différences de capacité des soins hospitaliers d’un pays à l’autre. Il existe des variations considérables en termes de matériel médical, dans la capacité des hôpitaux à accueillir les patients, au niveau du nombre de lits de soins intensifs, etc. Les chiffres sont très différents d’un pays à l’autre. On parle de 28 000 lits en Allemagne contre 7 000 lits en France, 5 000 lits de soins intensifs en Italie. Ce sont des écarts énormes et qui traduisent bien des capacités très différentes. Cela reflète des différences par rapport à l’investissement social, dans l’éducation, dans la santé. On voit les répercussions d’un manque d’investissement social dans des pays qui ont négligé ou se sont vus contraints de réduire leurs dépenses publiques. (...) Ce serait difficile pour la Commission européenne de venir avec des recommandations dans ce domaine-là dans le cadre du 'Semestre européen'. À l’époque de la crise [de 2008, NDLR], la position de la Commission était d'encourager, voire de contraindre les pays en difficulté financière à mettre en place des programmes d’austérité. Ce serait donc un peu malvenu de dire à ces pays qu'ils sont mal équipés pour faire face à la crise. Mais il est évident que ce genre de mesures devront être discutées au niveau européen à l’avenir. Avoir pris conscience de l’importance de l’investissement dans les services publics et l’investissement social est nécessaire.

Qu'est-ce que ça dit de l'Union européenne et de l'Europe de la santé en particulier ? 

La crise aujourd'hui met en lumière un décalage, un paradoxe entre la volonté des Européens, dont plus de la majorité désirent des compétences élargies au niveau européen en matière de santé, et quelque chose qui ne se réalise pas concrètement. Aujourd'hui, on paie nos échecs du passé. Encore une fois, ce qui est important de réaliser, c'est qu'essentiellement, les questions de santé passent avant tout par le biais du marché unique, par rapport à la production, à la libre circulation du matériel médical. Ces compétences de santé ont été développées dans certains domaines, mais de façon inégale, comme, par exemple, dans la protection des travailleurs où certaines directives sanitaires ont été mises en place.

Mais plusieurs outils européens existent actuellement, comme les procédures d'achat en commun, le mécanisme de protection civile, le corps médical européen. Est-ce que ces mécanismes sont efficaces ? 

Tous ces instruments représentent un certain potentiel. Mais c'est sûr qu'on a un temps de retard par rapport à la crise du coronavirus. Par exemple, cet envoi de masques en ce qui concerne l’Italie et ce soutien avec cette réserve stratégique (rescEU) aurait dû arriver plus tôt à l’Italie. (...) Puis il y a des cas extrêmes, comme ces masques qui ont été saisis par les autorités tchèques pour servir à leur population nationale, au détriment des Italiens. Cela reflète le décalage entre une crise qui n’a pas de frontières et un regain de nationalisme dans certains pays, qui existait déjà avant la crise. Le danger des crises, c’est un regain du nationalisme. Cette crise sanitaire pourrait avoir comme conséquence néfaste de mettre le doigt sur les défaillances européennes et de conduire à un isolement national encore plus important.

L'ancien secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr, a publié un tweet dans lequel il rappelle que chaque crise sanitaire avait entrainé la création d'une nouvelle structure : l'Agence de sécurité alimentaire après la crise de la vache folle (1986), le Centre de prévention des maladies après le SARS (2003), les achats en commun après H1N1 (2009). Qu'en sera-t-il cette fois ? 

Il faudra tirer toutes les leçons de cette crise. Cela inclut notamment la question de notre autonomie industrielle dans certains secteurs stratégiques, comme le secteur pharmaceutique et la production de matériel médical.

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