Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a mis en garde, dans un rapport spécial mis en ligne sur son site EUvsDisinfo jeudi 19 mars, contre la « prolifération d'une quantité importante de fausses nouvelles » au sujet de l’épidémie de Covid-19.
Les fausses théories les plus couramment diffusées présentent par exemple le Covid-19 comme un canular ou comme une arme biologique déployée par la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Russie (dans le but de détruire l'UE et l'OTAN). Selon d'autres fausses théories, des migrants seraient à l'origine du virus et le propageraient dans l'UE, des remèdes naturels existeraient, l'UE pourrait imposer des vaccinations de masse, etc.
Ces théories se noient dans la surabondance d’informations liées à l'épidémie. Surabondance ou « infodémie », ainsi que l’a qualifiée l’Organisation mondiale de la santé, qui complique la recherche de sources d’information fiables et de conseils sûrs.
Des origines diverses. Bien que le Covid-19 soit un sujet quotidien dans les médias pro-Kremlin (EUROPE 12450/13) – au 19 mars, le SEAE faisait état de plus de 110 cas de désinformation russe identifiés en deux mois sur le Covid-19 – la Russie n’est pas la seule à pouvoir être mise en cause.
De fausses nouvelles ont également été observées dans l'environnement d'information des Balkans occidentaux, indique le rapport.
Le document pointe également la Chine du doigt. Il met en cause la censure exercée par le Parti communiste chinois, notamment sur les plateformes YY et WeChat, et relève « l'objectif du parti de se présenter comme fort et performant face à la pandémie ».
Le SEAE indique par ailleurs qu’en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, « l'épidémie a été utilisée par les autorités, les organisations terroristes et des personnalités influentes pour faire avancer les programmes géopolitiques ». Daesh, notamment, a exploité les hashtags sur le coronavirus pour diffuser ses propres messages, détaille le rapport.
Le rôle des médias sociaux. « Les sociétés de médias sociaux travaillent également sur les moyens de lutter contre la propagation de la désinformation autour du coronavirus », souligne le SEAE.
Différentes mesures ont en effet été prises par les plateformes : suppression de faux contenus, octroi d'un espace publicitaire aux autorités de santé publique, retrait des applications liées au Covid-19 dans le Google PlayStore.
D'autres ont seulement été annoncées. Twitter compte élargir sa définition du terme ‘préjudice’ aux contenus allant directement à l'encontre des conseils de sources fiables telles que les autorités sanitaires nationales. Facebook a promis la mise en place d’un « centre d'information » sur le virus, en haut du fil d'actualité, avec des mises à jour en temps réel par les autorités sanitaires.
Cependant, il est prouvé que les plateformes continuent d'héberger des publicités fausses et nuisibles, déplorent les auteurs du rapport.
« Cela suggère qu’elles ont des difficultés à respecter leurs propres normes et leurs engagements publics sur la prévention de la prolifération de la désinformation dangereuse », et ce, analysent-ils, « malgré l'allocation de ressources importantes à cette tâche ». (Agathe Cherki)