La plupart des 32 projets gaziers compris dans la 4e liste des projets d’intérêt commun (PIC) sont inutiles du point de vue de la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Union européenne et représentent un surinvestissement potentiel de plusieurs dizaines de milliards d’euros, estime une étude d’Artelys - une entreprise de consultance active dans le domaine énergétique -, publiée lundi 20 janvier.
Cette étude évalue le coût combiné de ces 32 projets à 29 milliards d’euros, dont une partie serait supportée par l’Union européenne, étant donné que les PIC bénéficient d’un certain nombre d’avantages, en particulier celui d’être éligibles à des financements européens dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE).
Selon Artelys, la mise sur pied de ces 32 projets augmenterait de 338 GW la capacité du réseau d’infrastructures de gaz naturel de l’UE. Néanmoins, les gazoducs et terminaux de gaz naturel liquéfié existants représentent déjà une capacité avoisinant les 2000 GW, ajoute l’entreprise.
L’étude rappelle en outre que la réalisation des objectifs de 2030 en matière de climat et d’énergie entraînera une réduction de 29% du volume de gaz naturel, le faisant ainsi passer de 415 milliards de m3 en 2015 à 297 milliards de m3 en 2030, d’après les projections actuelles de la Commission européenne.
Sur base de ces données, Artelys considère que l’infrastructure gazière existante de l’UE est tout à fait capable de répondre à divers scénarios de demande future de gaz, même en cas de perturbations extrêmes de l’approvisionnement.
Par conséquent, l'organisation juge que les investissements dans les projets gaziers figurant sur la 4e liste du PCI seraient « inutiles pour garantir la sécurité de l’approvisionnement dans l’UE et risquent donc de devenir des actifs immobilisés soutenus par des fonds publics de l’Union européenne ».
Interrogée par la presse lors de la traditionnelle réunion de midi, la Commission européenne n’a pas souhaité fournir de réaction à l'étude en tant que telle. L’institution a cependant rappelé le rôle important du gaz « en tant que combustible de transition », tout en insistant sur la nécessité d’investir dans des infrastructures qui, à l’avenir, seront « prêtes à soutenir » les gaz à faible teneur en carbone en remplacement du gaz naturel.
Adoptée par la Commission le 31 octobre 2019 (EUROPE 12361/12), cette liste peine à convaincre les eurodéputés de la commission de l’industrie, la recherche et l’énergie (ITRE), en raison principalement de la place des projets gaziers, jugée trop importante par certains (EUROPE 12384/12, 12351/11).
Après avoir demandé d’étendre la période d’examen de la liste de deux mois supplémentaires, la commission ITRE décidera finalement d’approuver ou non cette dernière le mercredi 22 janvier.
Pour consulter l'étude (en anglais) : https://bit.ly/2udhIsP (Damien Genicot)