Les ministres des Affaires étrangères des États membres ont chargé, lundi 20 janvier, les organes de travail du Conseil de l'UE de présenter des mesures concrètes au Conseil avec l'objectif de contribuer à la mise en œuvre du cessez-le-feu en Libye et du respect de l’embargo sur les armes, appelés de leurs vœux par les participants à la conférence de Berlin, la veille.
Les ministres « ont fait valoir leur volonté d’accompagner le dispositif conclu à Berlin, en particulier à aider à ce que la trêve, puis le cessez-le-feu, on l’espère, puissent se mettre en place ; à aider aussi au contrôle de l’embargo sur les armes. Pour ce faire, le Haut Représentant a été mandaté pour apporter des solutions concrètes dans les plus brefs délais », a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian, à l’issue du Conseil.
« Nous allons nous concentrer à nouveau en particulier sur la mission de l’embargo sur les armes, qui doit être contrôlé pas seulement par la mer. La plupart des armes arrivent par le désert. Nous pouvons contrôler la mer, mais nous devons aussi contrôler la terre », a estimé le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell. Selon lui, le contrôle de l’embargo sur les armes nécessite « des satellites et des avions ». Une présence sur terre - plus complexe - pourrait aussi être envisagée.
Ainsi, selon le ministre luxembourgeois Jean Asselborn, « il y a une volonté politique de redémarrer » l'opération Sophia. Les ministres ont donc chargé leurs ambassadeurs du Comité politique et de sécurité de travailler à une reprise de cette opération. Elle possède déjà un mandat des Nations Unies pour surveiller la mise en œuvre de l’embargo sur les armes à destination de la Libye, mais elle n’a plus de moyens navals depuis mars 2019, en raison d’un désaccord sur les ports de débarquement des migrants recueillis par les navires participant à Sophia.
Le ministre italien Luigi di Maio a expliqué que la mission pourrait être un point de départ pour utiliser le mandat de l’ONU sans devoir refaire toute la procédure pour une mission. « Mais Sophia doit être démantelée et remise sur pied d'une manière totalement différente », a-t-il prévenu.
La surveillance du futur cessez-le-feu qui doit découler de la trêve actuelle est plus complexe, d’autant plus que l’UE n’a pas, pour le moment, de mandat des Nations Unies pour l'exercer. En amont du Conseil, dans une interview à Der Spiegel, M. Borrell avait expliqué que l’UE devait être « prête à aider à mettre en œuvre et à surveiller ce cessez-le-feu, éventuellement aussi avec des soldats, par exemple dans le cadre d'une mission de l'UE ». Cette mission pourrait être civile, militaire ou avoir les deux composantes.
Le Haut Représentant a espéré que les différentes options, que ce soit pour le respect de l’embargo ou celui du cessez-le-feu, seront prêtes à être présentées au Conseil 'Affaires étrangères' du 17 février. Cependant, la révision du mandat nécessiterait l’accord des parlements nationaux pour ce qui concerne certains États membres, ce qui pourrait prolonger les délais de décision.
M. Michel envisage une aide de l'UE à long terme
La veille, à Berlin, le président du Conseil européen, Charles Michel, avait expliqué que l’UE était prête à mobiliser ses moyens « là où ils sont le plus nécessaires ».
Il avait notamment mis en avant les ambitions européennes à plus long terme, « si les conditions le permettent ». Ainsi, dans le domaine politique, « l'UE soutiendra la prochaine conférence nationale, l'organisation d'élections et l'éventuelle réforme de la constitution ». Au niveau économique, « l’UE souhaite concentrer ses efforts sur le renforcement des institutions nationales, telles que la Compagnie Nationale du Pétrole, la Banque Centrale et l'Autorité nationale pour l'Investissement en Libye », avait-il expliqué. L’UE pourrait aussi contribuer, selon M. Michel, à la réforme du secteur de la sécurité « par le biais de sa Politique commune de sécurité et de défense, y compris sa mission civile EUBAM ». Enfin, le président du Conseil européen avait annoncé que l’UE voulait apporter son expertise dans le domaine des droits de l’homme. (Camille-Cerise Gessant avec AC et MB)