Le commissaire à l’Emploi et aux droits sociaux, Nicolas Schmit, a répondu avec vigueur aux appels des parlementaires, à Strasbourg, lundi 13 janvier, sur la nécessité d’agir pour lutter contre le phénomène du sans-abrisme, mais n'a rien annoncé de concret sur les initiatives possibles à mener au niveau européen dans les mois à venir.
La question de la lutte contre le sans-abrisme a fait consensus parmi les députés, qui ont tous reconnu l’ampleur du problème et de l’aggravation de la situation en Europe où 700 000 personnes vivent actuellement sans toit.
L’analyse des causes était également partagée. Spéculation du marché du logement, déficit de logements disponibles, mais aussi problèmes de santé, d’accès à l’emploi, mauvaise gestion des flux migratoires, ou encore impact des politiques d’austérité économique seraient autant de sources alimentant le sans-abrisme, selon eux.
Plusieurs députés, à l’instar de Katrin Langensiepen (Verts/ALE, allemand), ont appelé la Commission européenne à présenter une communication, une feuille de route, ou encore une stratégie, qui serait spécifiquement dédiée à la question du sans-abrisme.
Le commissaire a assuré que la question était au cœur de l’action de la Commission européenne, mais n’a annoncé aucune communication spécifique sur la question, reconnaissant lui-même qu’il ne pouvait prendre aucun engagement « précis » pour l’heure. Il a en revanche systématiquement réduit la question du sans-abrisme à celle du logement, assurant que la Commission, bien que n’ayant pas de compétences en la matière, allait s’atteler à la tâche.
Des déclarations décevantes
Les déclarations du commissaire ont déçu Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris (FEANTSA). Selon lui, c’est une erreur de cantonner la question du sans-abrisme à la seule dimension du logement, une telle approche bénéficiant au final plus aux classes moyennes qu’aux plus vulnérables. Le sans-abrisme est un phénomène qui nécessite des réponses structurelles, sanitaires, d’emploi, de lutte contre la violence faite aux femmes, de gestion des migrations, et pas seulement des réponses à la seule question du logement, a-t-il expliqué.
M. Spinnewijn espère que le plan d’action visant à mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux, prévu pour 2021 (EUROPE 12401/10), contiendra des mesures sur le sans-abrisme. Il a rappelé que, pour la première fois, le Conseil ‘Emploi et politiques sociales’ avait démontré en octobre une prise de conscience des États membres (EUROPE 12356/16, 12353/12).
« Il y a donc consensus entre les États membres et le Parlement européen. Pourquoi la Commission ne fait rien ? », s’est interrogé le militant. (Pascal Hansens)