Face au bilan du Conseil européen des 12 et 13 décembre, présenté mercredi 18 décembre comme une grande avancée pour le climat par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, les députés européens se sont réjouis qu'un accord ait pu être trouvé sur l'objectif de neutralité climatique de l'UE à l'horizon 2050. Mais la plupart ont regretté que la Pologne n'ait pu, à ce stade, s'engager à concrétiser cet objectif (EUROPE 12389/1).
Les critiques concernant l'absence de discussion sur les implications de la transition pour le futur cadre financier pluriannuel (CFP) de l'UE ont fusé de tous côtés, les députés estimant que le projet sur la table n'est pas à la hauteur de l'ambition climatique de l'UE.
« Le Conseil a conclu un accord à l'unanimité sur l'objectif de neutralité climatique de l'UE à l'horizon 2050, avec plus de temps pour un État membre pour s'engager sur la mise en œuvre », a déclaré Charles Michel. Selon lui, c'est « un pas de géant dans la bonne direction ». « Nous avions besoin de fixer un cap, une ambition. C’est fait ».
À tous ceux qui, à l'instar des Verts, ont souligné que 2050, c'est loin, et que l'important, c'est une proposition de relèvement de l'objectif 2030 avant le sommet UE/Chine (Leipzig, septembre), M. Michel a assuré qu'il reconnaissait « la nécessité de très rapidement s'accorder sur l'objectif 2030 », ajoutant : « nous le ferons avec la Commission après les évaluations nécessaires, à temps pour la COP26 ».
Ursula von der Leyen, quant à elle, a insisté sur l'importance du 'Pacte Vert' européen pour faire de la transition une opportunité de croissance verte et durable.
Pour Manfred Weber (PPE allemand), sortir des gaz à effet de serre d'ici 2050, « c'est un grand succès », mais cela renvoie au budget. « Entrepreneurs, chercheurs, agriculteurs attentent plus de sécurité. Le Conseil européen n'en discute même pas ! »
Dacian Cioloș (Renew Europe, roumain) a regretté que la détermination n'ait pas été suffisante pour mettre en œuvre cet objectif de neutralité climatique ». « C'est très bien d'avoir des objectifs, mais il faut maintenant pouvoir les mettre en œuvre. La Commission doit pour cela faire des propositions. Il faut donner le courage aux États membres de faire ce pas en avant », a-t-il dit. Ne doutant pas que la transition soit une opportunité, il a estimé : « cela doit se traduire dans le CFP ».
Changer la règle de l'unanimité ? Iratxe García Pérez (S&D espagnole) a salué l’accord sur l’objectif de neutralité climatique « malgré la résistance d'un État membre ». Cette résistance devrait conduire à réfléchir « à l'heure où nous parlons de changer les règles de l'unanimité », a-t-elle estimé.
Étant donné que le Conseil européen s'est tenu pendant que la COP25 s’enlisait à Madrid, Ska Keller (Verts/ALE) a suggéré que l’an prochain, « les chefs d’État aillent à la COP26 de Glasgow et montrent l’importance qu’ils accordent à la protection du climat, si c’est le cas ».
Gerolf Annemans (ID, belge) s’en est pris violemment à Charles Michel, lui reprochant d’avoir quitté le gouvernement belge « pour signer le Pacte de Marrakech » et affirmant qu’en tant que président du Conseil européen, « il ne sera pas un unificateur, mais un provocateur de chaos politique ». Ces propos ont suscité l’indignation.
« L'attaque de l'extrême droite nous rapproche de vous », a déclaré Dimitrios Papadimoulis (GUE/NGL, grec). Celui-ci a plaidé pour qu’on fasse en sorte que « le Conseil européen cesse d'entraver ce que demandent le Parlement européen et les citoyens » et que l'on mette l'argent là où il faut, « sinon le Pacte vert européen restera lettre morte. » (Aminata Niang)