Plusieurs ministres de l’Agriculture de l’UE ont fait part de leurs inquiétudes, lundi 16 décembre, au sujet des intentions des États-Unis d’imposer de nouvelles sanctions sous la forme de droits de douane sur les produits agricoles de l’Union européenne (EUROPE 12390/9).
En plus des droits de douane de 25% sur certains produits agricoles de l'UE appliqués dans le cadre du différend commercial sur Airbus, les États-Unis ont publié, le 6 décembre, un nouveau document dans lequel ils proposent une révision éventuelle de la liste et des montants des tarifs déjà imposés (EUROPE 12385/3).
Le ministre espagnol Luis Planas a indiqué qu’il y avait des rumeurs selon lesquelles les États-Unis envisagent d’imposer des droits de douane sur d’autres produits européens et que, le 6 décembre, ils ont indiqué vouloir revoir la liste des produits visés par les sanctions. « Nous attendons de la Commission qu’elle réponde avec fermeté », a-t-il lancé, estimant que les aides annoncées jusqu’alors (huile d’olive et vin) sont insuffisantes. Il a ainsi demandé des aides supplémentaires au bénéfice des secteurs touchés.
La France et l’Espagne ont déploré la perte de compétitivité du secteur agricole de l’UE, la perte de marchés pour les exportateurs et la perte de revenus des agriculteurs européens.
Didier Guillaume, le ministre français, a estimé que les viticulteurs français doivent être aidés, car la perte dans ce secteur est estimée à 300 millions d’euros. Les mesures américaines sont conçues « pour diviser les Européens », selon lui. La France a préconisé des aides exceptionnelles sous la forme d’un fonds de compensation.
Le Royaume-Uni a lui aussi critiqué les mesures américaines et plusieurs pays (Royaume-Uni, Allemagne, Danemark) ont demandé à la Commission de trouver une solution négociée avec la partie américaine.
L’Italie a regretté que l’UE ne dispose pas d’instruments pour réagir face à de telles situations. La Grèce redoute « une aggravation de la situation ».
Pour l’Allemagne, il convient d’attendre de voir dans quelle mesure les sanctions américaines perturbent les marchés européens avant d’envisager des mesures compensatoires.
La Hongrie a estimé que l’UE devait se tenir prête à appliquer des « contre-mesures », si besoin.
Le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a répondu que la Commission surveillait de près l'impact des sanctions américaines sur le secteur agricole, « afin d'évaluer la nécessité éventuelle de mesures spécifiques ».
La Commission ouvre d'autres marchés grâce aux accords de libre-échange (Japon, Mexique, Mercosur). La Commission « poursuit activement les discussions avec les États-Unis afin de trouver une solution négociée sur les subventions d'Airbus qui permettrait d'éliminer les sanctions et de mettre fin au différend à l'OMC », selon le commissaire. L'UE se réserve la possibilité, en l'absence d'une solution négociée, d'appliquer des sanctions contre les produits américains une fois que l'OMC aura établi le montant autorisé pour l'UE dans l'affaire Boeing (printemps 2020), a conclu M. Wojciechowski. (Lionel Changeur)