Plusieurs intervenants à l'édition 2019 de la Semaine de l’espace de l’UE, mercredi 4 décembre à Helsinki, ont fait part de leur inquiétude à la suite des récentes propositions faites par la Présidence finlandaise du Conseil de l’UE pour le cadre financier 2021-2027, notamment concernant le programme spatial de l’Union européenne.
En effet, dans ses propositions, la Présidence finlandaise (EUROPE 12381/1) suggère de porter le budget pour le programme spatial à un maximum de 12,7 milliards d’euros en prix 2018, soit une réduction d’environ 1,7 milliard d’euros par rapport au budget avancé de la Commission européenne (qui avait proposé environ 14,4 milliards en prix constants et 16 milliards d’euros en prix courants), comme l’a déclaré l’eurodéputé français Christophe Grudler (Renew Europe). Pour le parlementaire, la proposition finlandaise est ainsi « inacceptable ».
« Défendre notre budget dans les négociations à venir sera pour nous extrêmement important, car, en fait, un budget ambitieux sera le seul moyen d'assurer le leadership mondial et l'autonomie stratégique de l'Europe », a-t-il martelé, rappelant que le Parlement européen s’était exprimé pour un budget de 16,9 milliards d’euros (EUROPE 12142/7).
Selon Pierre Delsaux, directeur général adjoint de la direction générale du Marché intérieur, de l'Industrie, de l'Entrepreneuriat et des PME (DG Grow), il faut « plus d’argent » si on ne veut pas que dans 10 ans, l’Union européenne « accuse un retard » face aux grands concurrents internationaux que sont les États-Unis (où le secteur privé est très agressif), la Chine, mais aussi l’Inde. Le haut fonctionnaire rappelle que la Commission européenne est en train de créer une nouvelle direction générale dédiée à l’Espace et à la Défense.
La proposition de la Présidence finlandaise laisse certains dubitatifs. Est-ce une stratégie pour provoquer un choc parmi les États membres pour qu’ils contribuent à hauteur des ambitions affichées par l’Union européenne ou est-ce un révélateur d’un relatif désintérêt de la Présidence finlandaise pour la question spatiale ? Certains États membres considèrent en effet que la politique spatiale profite avant tout à quelques États membres, au premier chef desquels la France, l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne.
Ceci pourrait expliquer l’engouement suscité parmi les pays membres de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui ont souscrit massivement, même au-delà des attentes, au budget de l’Agence, notamment pour le programme Copernicus (EUROPE 12379/2). L’ESA est gouvernée par le principe du « juste retour géographique » : l’État membre reçoit l’équivalent de ce qu’il investit.
L’enjeu est d’importance. L’Union s'est hissée au plus haut niveau pour devenir le leader mondial dans le domaine de l’observation terrestre grâce à Copernicus. Or, pour assurer la continuité du programme et pour le développer, notamment pour le suivi des émissions de CO2, il est nécessaire de maintenir, voire de remplacer les satellites (les « sentinels »). Par ailleurs, le programme de géolocalisation Galileo s’apprête à entrer dans sa phase pleinement opérationnelle, tandis que de nouveaux programmes, GovSatCom et Space Situational Awareness (un programme de surveillance de l’espace), sont envisagés. (Pascal Hansens)