Volodymyr Ariev, ancien président de la délégation ukrainienne à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, s’est inquiété, lors d’une rencontre avec des journalistes, dont EUROPE, mardi 3 décembre à Kiev, d’une possible levée des sanctions à l’encontre de la Russie.
M. Ariev, député du parti européen de la solidarité (European solidarity party) a précisé regarder la nouvelle Commission européenne et le nouveau président du Conseil européen avec « attentes et espoir » (expectations and hope).
« J’espère une position d’unité et de fermeté sur les sanctions », a-t-il expliqué, rappelant que le seul instrument pour changer la situation était « des sanctions efficaces et une position ferme pour les conserver ». Les dirigeants devraient discuter, une nouvelle fois, lors du sommet européen de décembre, de la prolongation des sanctions économiques à l’encontre de la Russie.
Selon M. Ariev, Moscou devrait aussi verser une réparation à l’Ukraine, comme l’Allemagne l’avait fait après les guerres mondiales.
Inflexion des Européens, faiblesse de Zelensky
Alors que les dirigeants du format Normandie se retrouvent le lundi 9 décembre à Paris. M. Ariev s’est montré inquiet d’une possible inflexion dans les positions française et allemande. Selon lui, la France et l'Allemagne veulent reconstruire la relation avec la Russie.
Le président français, Emmanuel Macron, a appelé, le 3 décembre, à entreprendre un « dialogue sans naïveté avec la Russie pour réduire la conflictualité » avec Moscou, tout en mettant comme précondition des « avancées » sur le règlement du conflit avec l’Ukraine. De son côté, l'Allemagne a de grands intérêts dans le gazoduc Nord Stream II.
« Pour l’Ukraine, c’est le moment le moins pertinent (irrelevant) pour avoir la rencontre. Nous sommes dans une position de faiblesse », a estimé le député ukrainien. Et d’ajouter : « Je suis inquiet quant à la possibilité que, pendant la rencontre, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, ait à prendre des décisions sérieuses assez vite et je ne pense pas qu’il aura les bases nécessaires pour prendre des décisions de manière prudente et correcte ». Selon M. Ariev, M. Zelensky est entouré de personnes sans connaissances diplomatiques et a écarté celles qui en avaient.
Le député a même estimé que laisser la situation telle qu’elle est actuellement pourrait être une meilleure solution que ces négociations, dans lesquelles l’Ukraine serait perdante.
M. Ariev a donc appelé le couple franco-allemand à ne pas fléchir. « Les pays occidentaux devraient apprendre du passé, en particulier l’UE. Les solutions à court terme peuvent avoir des conséquences dans le futur », a-t-il rappelé, faisant référence aux deux guerres mondiales. « Faire plaisir à l’agresseur (la Russie, NDLR) ne va pas changer la situation. Il faudrait montrer à Poutine qu’il ne peut pas agir comme il le fait », a-t-il ajouté.
Interrogée par EUROPE sur le rôle que pourrait avoir, de son côté, le Conseil de l’Europe, dont la Russie comme l’Ukraine sont membres, M. Ariev a estimé que l’institution ne pouvait pas du tout aider, en raison de la décision d’autoriser le retour de la délégation russe au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
« Il y a un manque de confiance », a expliqué celui qui, avec sa délégation, a quitté l’Assemblée à la suite de cette décision. (Camille-Cerise Gessant)