Avec sa volonté affichée de présenter une stratégie spécifique pour les PME, la nouvelle Commission ‘Ursula von der Leyen’ s’annonce sous de bons auspices pour les petites et moyennes entreprises, a estimé la présidente de SMEunited, Ulrike Rabmer-Koller, lors d’un entretien avec EUROPE, mardi 15 octobre. Reste à présent à transformer l’essai et à faire de cette stratégie un plan d’action opérationnel, selon l’Autrichienne.
« Nous sommes fondamentalement positifs à l'égard de ses propositions », a ainsi assuré Mme Rabmer-Koller, interrogée par EUROPE sur la stratégie pour les PME de la présidente élue. Expliquant qu’il s’agit d’une proposition attendue « depuis de nombreuses années », la présidente de l’organisation patronale espère à présent que cela se traduise en « un plan d’action concret ».
Toutefois, des inquiétudes pointent parmi les PME. La présidente attend ainsi, en plus d’un plan concret, des financements européens adéquats ciblant spécifiquement les PME. À commencer par le programme InvestEU, le futur instrument pour soutenir l’investissement, qui est source d’inquiétude, pour la présidente. La ligne budgétaire consacrée aux PME serait moindre que ce qui est prévu actuellement dans le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS). SMEunited soutient la ligne du PE (12,5 milliards d’euros pour les PME), là où la Commission proposait 11,25 milliards d’euros.
Autre source d’appréhension : l’instauration d’un salaire minimum « équitable » voulue par Ursula von der Leyen. « En tant que partenaire social, nous voulons vraiment que (le salaire minimum) soit négocié entre partenaires sociaux au niveau national », a-t-elle insisté, avant d’ajouter qu’aucun seuil ne devait être fixé à l’avance au niveau européen. Il est en effet question de fixer ce salaire minimum au moins à 60% du salaire médian national.
Interrogée sur la taille du portefeuille dédié au Marché intérieur, taille excessive selon certains députés (EUROPE 12346/1), le portefeuille regroupant les questions numériques, du marché intérieur, de l’industrie, de l’espace et de la défense, Mme Rabmer-Koller a semblé perplexe. « C’est très très large », a-t-elle admis, mentionnant du bout des lèvres l’éventualité de transférer la défense vers un autre portefeuille.
Selon elle, il est temps d'agir. À l’heure actuelle, « tout le monde parle de PME, mais il n’y a aucune action prise », a-t-elle regretté, visant à mots couverts la Commission européenne sortante. Car il y a nécessité, assure-t-elle, rappelant les tendances que montre l’édition automnale du baromètre des PME (voir http://bit.ly/2MgdBTb ), dont les résultats, « bien qu’étant moins mauvais qu’attendu », restent préoccupants en raison de l’environnement politique actuel, notamment de l’incertitude qui règne autour du Brexit.
Le Brexit justement occupera grandement les chefs d’État et de gouvernement durant le Conseil européen (voir autres nouvelles). À ceux-là, la présidente dit : « pensez d'abord aux petits » ('Think Small First'). Selon elle, il faut éviter le plus possible les surcoûts et les lourdeurs administratives pour les PME. « Les grandes entreprises pourront s’adapter », les petites moins, a-t-elle souligné.
Sondée sur une éventuelle solution au Brexit, Mme Rabmer-Koller a préféré ne pas s’avancer. « C’est très compliqué », a-t-elle reconnu, avant de rappeler le rôle clé des PME, qui représentent 99,8% des entreprises et constituent de part et d’autre de la Manche « la colonne vertébrale » des économies nationales. (Pascal Hansens)