login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12284
Sommaire Publication complète Par article 23 / 33
CONSEIL DE L'EUROPE / Conseil de l'europe

De nombreux défis attendent la Croate Marija Pejčinović Burić, nouvelle Secrétaire générale

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a tranché et créé la surprise, mercredi 26 juin à Strasbourg, en élisant la Croate Marija Pejčinović Burić, Secrétaire générale de l’organisation. C’est donc elle qui succédera au Norvégien Thorbjørn Jagland et non son concurrent, le Belge Didier Reynders, lui aussi vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères et européennes.

Présenté longtemps comme favori (EUROPE 12234/25), M. Reynders a dû concéder une nette victoire : sur 268 suffrages exprimés, 159 voix sont allées à la Croate contre 105 au Belge.

Exprimé à bulletin secret, ce scrutin garde ses mystères. Seule la délégation russe, revenue au sein de l’APCE mardi dernier après cinq ans d’absence (EUROPE 12282/19), avait clairement annoncé que ses 18 membres se prononceraient pour Marija Pejčinović Burić. Il est acquis que les pays des Balkans l’ont fait également, tout comme une majorité des pays d’Europe centrale et orientale. Cela marque un déplacement du centre de gravité de l’organisation et témoigne de la volonté de tourner la page de la prééminence des pays fondateurs.

A pu jouer également, notent les observateurs, un vote « féministe » au sein d’une organisation qui n’avait compté, en 70 ans d’existence, qu’une seule femme à sa tête, la Française Catherine Lalumière, Secrétaire générale entre 1989 et 1994, période cruciale qui a vu l’effondrement du bloc soviétique et l’enclenchement d’un vaste processus d’intégration des pays de l’ex-bloc de l’Est au sein du Conseil de l’Europe.

Les tâches qui attendent Marija Pejčinović Burić ne sont pas moins immenses à la tête d’une institution qui traverse moult turbulences depuis plusieurs années. « Chargée de coordonner les stratégies » de l’organisation, la nouvelle Secrétaire générale devra tout d’abord poursuivre la gestion d’une crise avec la Fédération de Russie qui est loin d’être terminée.

Les pouvoirs de la délégation de la Douma sont certes, pour l’heure, ratifiés, mais ils restent suspendus à une décision ajournée de la Commission du règlement, qui avait été saisie au motif de la présence, au sein de cette délégation, de quatre députés figurant sur la liste noire de l’Union européenne. Trop divisée, la commission du Règlement n’a pas pu prendre de décision mardi. La question reste en suspens.

Le vote sur la vice-présidence de l’assemblée au titre de la Fédération de Russie a, quant à lui, retoqué Leonid Slutskiy, qui relève de ladite liste noire européenne et dont la candidature a été vécue comme une provocation. Un autre nom est attendu, mais il semble que la délégation russe envisage à nouveau de présenter Slutzkiy.

Et qu’en sera-t-il du versement des 75 millions d’euros de contribution au budget du Conseil de l'Europe, non versés par Moscou depuis 2017? Les sommes avaient été gelées et seraient débloquées en cas de retour, assurait le gouvernement russe. « Nous n’en sommes plus si sûrs… » s’inquiète l’administration du Conseil de l’Europe.

En première ligne sur ce dossier, la nouvelle Secrétaire générale devra également veiller à restaurer les liens qui se sont détériorés ces dernières années entre l’APCE et le Comité des ministres du Conseil de l’Europe. À l’heure où se multiplient les menaces contre l’État de droit, la démocratie et les droits de l’homme au sein même des 47 pays membres du Conseil de l’Europe, il importe plus que jamais que celui-ci parle d’une seule voix et coordonne les positions de ses deux organes statutaires.

Le Conseil de l'Europe devra aussi être « plus proactif » dans sa défense de ses normes « face aux forces nationalistes », avait déclaré Thorbjørn Jagland dans son dernier rapport annuel. Agir et non pas réagir. Restaurer son autorité. Donner un retentissement à ses travaux.

Pour casser l’effet de bulle dont il est victime, le Conseil de l’Europe devra également revoir son financement, qui dépend actuellement des contributions de l’Union européenne et de ses pays membres. Ce fonctionnement l’expose à des risques de chantage, comme on le voit avec la Russie. Il est urgent d’y remédier, peut-être en se tournant vers des partenariats privés à encadrer strictement. C’est l’un des immenses chantiers qui attend Marija Pejčinović Burić. (Véronique Leblanc)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES