Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu, mardi 11 juin dans la soirée, que l’annulation des élections municipales en Albanie, prévues pour le 30 juin, pourrait nuire à la perspective européenne de ce pays.
La crise politique s'y poursuit, alors que le président Ilir Meta a annoncé l’annulation des élections municipales en raison des manifestations – parfois violentes - de l’opposition réclamant le départ du Premier ministre, Edi Rama, alors que celui-ci plaide pour la tenue des élections. La Cour constitutionnelle, seule instance qui peut prendre la décision d’annuler le scrutin, est actuellement dissoute en raison de la réforme en profondeur du système judiciaire.
« La population ne devrait pas être privée d’exercer son droit démocratique. (…) je ne veux pas interférer, mais les élections devraient avoir lieu ; si ce n’est pas le cas, cela pourrait retarder la perspective européenne de l’Albanie », a expliqué le président de la Commission lors d’un point presse avec le Premier ministre albanais à Bruxelles, ajoutant qu’une annulation nuirait à cette perspective.
M. Juncker a appelé à l’unité politique. « Tous les partis doivent s’engager de manière constructive dans les institutions », a-t-il ajouté.
« Les élections devraient avoir lieu à temps », a affirmé M. Rama.
La veille, lors d’une conférence de presse organisée par le groupe S&D au PE, le ministre de l’Intérieur, Sander Llehaj, avait estimé que les élections étaient une occasion de montrer la « maturité » du pays.
Comme il l’avait fait la semaine précédente pour la Macédoine du Nord (EUROPE 12268/12), M. Juncker a apporté son soutien à l’ouverture des négociations d’adhésion. Selon lui, « le pays a fait des progrès considérables », bien que la lutte contre le crime organisé et la corruption soit d’une importance permanente. « Si on dit à un pays de faire ci et ça et qu’il le fait, on n’a pas le droit de dire 'non' à l’aspiration européenne de ce pays », a-t-il ajouté.
Et tout comme c’était le cas pour Skopje, le président de la Commission a reconnu que certains États membres « avaient encore certaines inquiétudes dans certains domaines (voir autre nouvelle, NDLR) ». Alors que le Bundestag allemand ne s’est pas encore prononcé sur l’ouverture des négociations d’adhésion, M. Juncker a estimé qu’il ne fallait pas se focaliser sur juin, que cela pourrait arriver plus tard, mais qu’il faut qu’il soit « clair » que le moment est venu pour l’Albanie d’ouvrir ses négociations.
Le Premier ministre albanais a évidemment appelé à cette ouverture. La veille, lors d’une conférence du groupe S&D au PE, la ministre de la Justice, Etilda Gjonaj, avait demandé aux États membres d’être « justes ». « Les États membres de l’UE doivent être justes avec l’Albanie », a-t-elle plaidé, rappelant les progrès de son pays. Et si, selon elle, « la situation politique peut être prise en compte dans la décision », en fin de compte « les pays européens doivent prendre en compte les résultats des priorités les plus ambitieuses : lutte contre la criminalité organisée et la corruption, réforme du système judiciaire ». Si les négociations sont ouvertes, « le gouvernement sera en meilleure position pour mener les réformes et l’UE aura plus de moyens de pression », a-t-elle rappelé.
Comme pour rassurer les États membres, Mme Gjonaj a rappelé qu’ouvrir les négociations n’était pas une garantie que son pays devienne un jour un État membre.
La ministre a également rappelé les conséquences d’une décision négative. Selon elle, cela aurait une influence négative dans son pays et affecterait la stabilité du pays et de la région des Balkans occidentaux, à un moment où celle-ci fait face à l’influence d’acteurs tiers.
Par ailleurs, alors que les Pays-Bas demandent à la Commission de travailler sur une suspension du régime sans visas octroyé à l'Albanie (EUROPE 12267/10), M. Lleshaj a estimé que son pays n’avait enfreint aucun critère qui justifierait de reconsidérer la libéralisation des visas. (Camille-Cerise Gessant)