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Bulletin Quotidien Europe N° 12250
REPÈRES / RepÈres

Fête de l’Europe à Sibiu !

Ce jeudi 9 mai, Journée de l’Europe. Une belle occasion, dans tous les villages, de fêter la Déclaration de Robert Schuman lançant la CECA, la réconciliation franco-allemande, les bienfaits de la méthode communautaire, les libertés nouvelles créées par les traités, les programmes européens, la citoyenneté de l’Union, l’euro, la réunification du continent après celle de l’Allemagne, le prix Nobel de la Paix octroyé à l’Union et bien d’autres choses. 

C’est aussi la date choisie par le président du Conseil européen, Donald Tusk, et la Présidence roumaine du Conseil de l’UE, pour tenir une réunion des grands chefs. Non pas à Bruxelles, siège du Conseil européen depuis le Traité de Nice, mais dans une ville située en terre roumaine. La réunion sera donc « informelle », même si, politiquement, l’ordre du jour est d’importance : les priorités stratégiques de l’Union pour les cinq prochaines années. La charmante cité de Sibiu, l’une des villes importantes de Transylvanie, a été choisie, sans doute par l’hôte du jour, le président de la Roumanie, Klaus Iohannis, puisqu’il y est né et en a été maire, issu du Forum démocratique des Allemands de Roumanie. 

Car Sibiu a été fondée au XIIsiècle par des colons allemands et n’est devenue à majorité roumaine que vers 1930. Ses très robustes fortifications (quatre enceintes !) ont pu dissuader les guerriers ottomans. Son patrimoine est magnifique et elle a été Capitale européenne de la culture en 2007. Plusieurs confessions (exclusivement judéo-chrétiennes) cohabitent en paix. Elle dispose d’un aéroport international. Le magazine américain Forbes l’a classée en huitième position parmi les endroits idylliques d’Europe. Qui dit mieux ? 

Les 27 chefs d’État ou de gouvernement et le président de la Commission auront leur séance de travail dans l’après-midi. Après la conférence de presse et une réception, un concert en plein air clôturera l’évènement. 

Le programme stratégique de l’UE pour 2019-2024 est officiellement le cœur de l’agenda. Un programme quinquennal de ce type avait déjà été adopté en juin 2014, articulé autour de cinq domaines prioritaires : (1) emploi, croissance et compétitivité ; (2) moyens donnés aux citoyens pour réaliser leurs aspirations et assurer leur protection ; (3) énergie et climat ; (4) liberté, sécurité et justice ; (5) l’UE, acteur mondial de premier plan. Il n’est pas dit si une évaluation ex post a été effectuée. 

Cette fois-ci, les priorités doivent être reformulées et hiérarchisées différemment, pour répondre aux aspirations des citoyens. 

La Commission a produit sa contribution : un document de 82 pages, largement argumenté et agrémenté de statistiques et de graphiques, rendu public le 30 avril (EUROPE 12245/7). Cinq ambitions : l’Europe doit être (1) protectrice ; (2) compétitive ; (3) juste ; (4) durable ; (5) influente. Un focus spécial est mis sur la communication. 

Le projet de la Présidence du Conseil européen, transmis le 2 mai aux États membres (EUROPE 12247/1), s’articule autour de quatre priorités : (1) protéger les citoyens et les libertés ; (2) développer notre économie : le modèle du futur ; (3) bâtir un avenir plus vert, juste et plus inclusif ; (4) promouvoir les intérêts et les valeurs de l’UE dans le monde. Chacune de ces parties est subdivisée en quatre chapitres, couvrant ainsi la totalité des actions de l’Union. Le document discuté, puis affiné, devrait être formellement approuvé par le Conseil européen en juin.

Les participants à la réunion de Sibiu procèderont vraisemblablement à un échange de vues – toujours informel – sur la répartition des postes de haut niveau à pourvoir après les élections européennes. 

Ils adopteront en tout cas la ‘Déclaration de Sibiu’. Notre bulletin a déjà fourni quelques éléments du projet de texte, qui tient en une page et demie à interlignes larges. Le ton est solennel : « We, the Leaders of the European Union, have gathered in Sibiu to discuss and look ahead to our common future. » Les signataires commencent par rappeler le prochain renouvellement du Parlement européen. Ils auraient pu y ajouter une exhortation adressée aux citoyens, pour qu’ils se rendent aux urnes, alors que le taux de participation ne s’annonce pas meilleur qu’en 2014 (EUROPE 12246/3) et que le vote est facultatif dans l’écrasante majorité des États membres. 

Ensuite, une liste de dix intentions fermes, mettant l’accent sur l’unité de l’UE, la protection des citoyens, le principe d’équité, le souci des générations futures, etc. Ces dix commandements s’inspirent-ils, sans doute inconsciemment, de la Loi mosaïque ? On hésite entre le serment collectif et le règlement d’ordre intérieur… 

Lors du Conseil européen de Bratislava (16 septembre 2016), également informel, l’emphase était aussi de mise pour reprendre le contrôle de la situation après le choc du référendum britannique, en dressant une feuille de route autour, cette fois, de trois priorités resserrées : migration, sécurité interne et externe, économie. Les attentes créées étaient telles que notre bulletin titrait : ‘Les Vingt-Sept se donnent six mois pour redonner du sens au projet européen’ (EUROPE 11626/1). Nous n’avons pu constater depuis lors, ni le ‘retour du sens’ promis, ni l’effectivité du respect mutuel auxquels les dirigeants s’étaient solennellement engagés. 

Les leçons de l’Histoire doivent servir. La formule permettant une vraie relance de l’Union existe. Elle a déjà fait ses preuves. Elle consiste à conjuguer les éléments suivants : (1) un grand objectif d’intérêt public que tout le monde comprend ; (2) une date limite pour atteindre cet objectif, en lui conférant sa pleine effectivité ; (3) un cadre juridique contraignant ; (4) un calendrier officiel spécifiant les étapes de réalisation ; (5) un accompagnement du processus par les préparatifs techniques et une mobilisation collective – et donc une stratégie de communication appropriée. 

Cette « recette » était déjà en germe dans le Traité de Rome pour l’abolition des barrières douanières et la réalisation de la Politique agricole commune ; elle se précisa en vue de la première élection au suffrage universel du Parlement européen (1979) ; elle devint explicite et notoire pour l’achèvement du marché intérieur (1993), puis la mise en œuvre de l’euro (2002). Chaque fois, elle a réussi. Les ‘stratégies’ successives, qu’elles fussent décennales (Lisbonne, Europe 2020) ou quinquennales, n’ont produit aucun résultat comparable. 

Faute de courage et d’imagination, la recette du succès a été abandonnée après l’échec du Traité constitutionnel. Lisbonne fut une session de rattrapage, sans innovation. On peut donc distinguer deux grandes phases dans l’histoire du Conseil européen : la première, combinant proactivité, vision, planification ; la seconde, faite de réactivité, aveuglement, improvisation. Les membres du Conseil européen issus des nouveaux États membres ne s’en indignent pas, puisqu’ils n’ont connu que la seconde. Et de même pour les jeunes dirigeants de l’Ouest. 

Les stratégies fourre-tout ne parlent pas aux foules. Elles donnent seulement au Conseil européen l’illusion d’un leadership qui voit loin, qui voit grand. Sibiu, comme Bratislava, en sera l’illustration. 

Renaud Denuit

Sommaire

REPÈRES
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