Sans leur homologue britannique, les vingt-sept chefs d'État ou de gouvernement de l'Union européenne auront un premier échange de vues, jeudi 9 mai à Sibiu (Roumanie), sur la direction à insuffler aux politiques européennes lors du prochain cycle institutionnel.
Les services du président du Conseil européen, Donald Tusk, ont planché sur la définition de ces priorités politiques qu'ils ont classées dans quatre catégories : - protéger les citoyens européens et les libertés publiques ; - moderniser le modèle économique de l'UE ; - bâtir un avenir plus durable et plus juste ; - promouvoir les intérêts de l'Europe dans le monde.
Ce projet d'agenda stratégique d'ici à 2025, transmis aux États membres jeudi 2 mai et dont EUROPE a eu copie, sera soumis à Sibiu aux dirigeants européens. Sur la base de ces discussions, M. Tusk sera chargé de leur transmettre, début juin, un projet plus détaillé en vue d'une adoption de l'agenda stratégique lors du Conseil européen de juin.
Il reviendra au futur président de la Commission européenne désigné par les Vingt-huit, s'il est approuvé par le prochain Parlement européen, de s'en inspirer pour bâtir son programme de travail. De même, la Présidence finlandaise du deuxième semestre 2019 sera la première Présidence du Conseil de l'UE à concrétiser les priorités politiques qui seront arrêtées.
Comme la Commission européenne (EUROPE 12245/7), le président du Conseil européen est d'avis que la protection des citoyens européens doit être placée en tête des priorités de l'UE pour les cinq ans à venir. Cela passe par la gestion du défi migratoire et la protection des frontières extérieures de l'Union, la capacité à faire face aux menaces hybrides et à garantir la cybersécurité, mais aussi par la défense de l'État de droit et des libertés individuelles ainsi que la lutte contre la désinformation.
À Sibiu, selon une source, les Vingt-sept feront le bilan sur la capacité de l'Union européenne à répondre aux attentes des citoyens depuis le lancement, en septembre 2016 à Bratislava (EUROPE 11626/1), du processus de réflexion sur l'avenir de l'UE deux mois après que les Britanniques eurent choisi de quitter celle-ci.
Cette même source s'attend à ce que certains leaders européens demandent de préciser le projet d'agenda stratégique. Parmi les sujets qui pourraient être intégrés figurent un budget pour la zone euro ainsi que des actions énergiques pour lutter contre les dérèglements climatiques et faire respecter l'État de droit.
Voir le projet d'agenda stratégique 2019-2024 : http://bit.ly/2PJ2PF1.
L'unité des Vingt-sept contre « vents et marées »
À Sibiu, les Vingt-sept adopteront la Déclaration de Sibiu destinée à rappeler les principes fondamentaux devant guider l'action politique au niveau européen.
« Nous resterons unis, contre vents et marées » et « nous parlerons d'une seule voix », promet le projet de déclaration préparé par la Présidence roumaine du Conseil de l'UE. Et le texte d'ajouter : « Nous rechercherons toujours des solutions communes », notamment pour protéger le mode de vie européen, la démocratie et l'État de droit.
Les Vingt-sept devraient souscrire à l'idée de généraliser le principe d'« équité » ('fairness') dans les politiques européennes, que ce soit sur le marché du travail ou pour réussir la transition digitale de la société.
N'agissant que dans les domaines où elle a un véritable impact ('big on big matters'), l'UE devrait s'employer à l'avenir à « réduire davantage les disparités » entre États membres. Quant à l'action sur la scène internationale, l'Union continuera d'agir en tant que « leader mondial responsable », en promouvant notamment un ordre mondial multilatéral basé sur des règles pour affronter des enjeux mondiaux tels que les changements climatiques.
Voir le projet de Déclaration de Sibiu : http://bit.ly/2H3gjsR.
Amorcer une réflexion sur les nominations des futurs présidents
Le processus qui mènera aux nominations aux plus hautes fonctions européennes - présidences du Conseil européen, de la Commission européenne, de la BCE et Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité - sera aussi abordé à Sibiu.
S'il a déjà commencé à consulter de manière informelle les États membres, M. Tusk lancera officiellement ce processus en Roumanie. À ce titre, il pourrait annoncer la tenue d'un sommet extraordinaire quelques jours après les élections européennes (EUROPE 12243/16).
Le Conseil européen doit notamment tenir compte des résultats de ces élections pour proposer rapidement au prochain Parlement européen, qui reprendra ses travaux début juillet, un candidat pour la présidence de la Commission européenne.
Contrairement à ce qui s'est passé en 2014, notamment avec la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, M. Tusk souhaite que le Conseil européen de juin soit en mesure de prendre une décision consensuelle sur l'ensemble des nominations attendues. Si ce n'est pas possible, alors à « la majorité qualifiée » des États membres, a indiqué notre source. (Mathieu Bion)