La Commission européenne a énoncé cinq domaines prioritaires d'action - une Europe qui protège, compétitive, juste, durable et influente - d'ici à 2025 afin que l'Union européenne soit en mesure de continuer de peser « dans un monde de plus en plus fragmenté et multipolaire », en présentant mardi 30 avril sa contribution à la réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement qui se tiendra à Sibiu (Roumanie) jeudi 9 mai, jour de la fête de l'Europe.
Le sommet de Sibiu est le point culminant d'un processus de réflexion sur l'avenir de l'Union européenne en 2025, qui avait débuté en mars 2017, quelques jours avant les célébrations du soixantième anniversaire du Traité de Rome (EUROPE 11754/1), avec le Livre blanc de la Commission qui avait identifié cinq scénarios possibles pour une Europe à vingt-sept États membres (EUROPE 11736/1).
Ce sera « l'occasion pour les leaders européens de définir des objectifs nouveaux, ambitieux, réalistes et ciblés pour le prochain cycle interinstitutionnel », a déclaré le porte-parole de l'institution européenne, Margaritis Schinas, précisant que « la contribution » de la Commission n'était en aucun cas un programme de travail pouvant faire croire à une prolongation du mandat de la Commission 'Juncker'.
Au Conseil européen de juin, les Vingt-sept adopteront leur agenda stratégique pour 2020-2024 en s'inspirant des travaux du sommet de Sibiu. Cet agenda est censé inspirer l'élaboration du programme de travail quinquennal de la personnalité politique que les leaders européens auront désignée, en tenant compte des résultats des élections européennes de mai, pour présider la Commission à partir de novembre 2019.
Les cinq priorités politiques énoncées par la Commission s'inspirent des consultations menées depuis quatre ans avec des milliers de citoyens européens. Elles sont basées sur plusieurs constats parmi lesquels : - le niveau élevé de qualité de vie en Europe ; - le vieillissement à long terme de la population ; - la numérisation croissante des économies alors qu'aucune entreprise européenne ne fait partie du 'top 15' des géants numériques à la plus forte capitalisation boursière ; - la nécessité d'accélérer « considérablement » la transition énergétique pour tenir les engagements de l'Accord de Paris sur le climat ; - la défense du multilatéralisme au niveau international avec le système onusien en son centre.
Autre constat maintes fois formulé : aucun État, seul, ne sera en mesure de peser au niveau international. L'institution européenne exhorte sans relâche les États membres à faire preuve d'« unité » en surmontant les divergences internes pour que l'Union européenne soit toujours en mesure, tant au niveau des valeurs fondamentales que des standards techniques, d'influencer la fixation des normes internationales.
Finalement, les cinq recommandations s'inscrivent plutôt dans la continuité de priorités déjà identifiées, comme en témoignent les dix projets législatifs prioritaires déjà sur la table et qui n'ont pas encore été finalisés.
Par exemple, sur la question migratoire, la Commission requiert une action exhaustive, qui allie solidarité et responsabilité, en évoquant la réforme du droit d'asile européen, la protection des frontières extérieures de l'UE, l'accueil des réfugiés et le retour des migrants ne pouvant prétendre à une protection de l'UE, ainsi qu'une approche cohérente en matière d'immigration légale. Et d'établir un « lien étroit » entre la gestion du défi migratoire et la préservation de l'espace Schengen de libre circulation.
Dans le domaine économique, la Commission préconise des investissements massifs dans les capacités numériques, notamment « pour stimuler une intelligence artificielle made in Europe et centrée sur l'humain ». S'appuyant sur les conclusions du Conseil européen de printemps, elle se dit prête à défendre le marché intérieur de l'UE en agissant avec célérité pour faire face aux distorsions de concurrence dont pourraient être responsables des entreprises concurrentes issues tant de l'UE que de pays tiers (EUROPE 12220/3). Et la Commission de ne pas perdre l'espoir d'un approfondissement de la zone euro.
Autre priorité évidente : placer l'Union européenne à l'avant-garde de la lutte contre les dérèglements climatiques, notamment par l'adoption d'une stratégie de long terme « ambitieuse » pour les émissions de gaz à effet de serre. Toute action dans ce domaine devra être « juste d'un point de vue social », souligne la Commission, faisant valoir que 25 % des ressources budgétaires du cadre financier pluriannuel 2020-2027 qu'elle a proposées pourront contribuer à agir pour le climat.
Voir la communication de la Commission : http://bit.ly/2J0ts7g. (Mathieu Bion)