À la veille du sommet européen informel de Sibiu dédié ce 9 mai à l’avenir de l’UE (EUROPE 12247/1), huit États membres – France, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Espagne et Suède – ont estimé que l’Union européenne devrait faire de la lutte contre le changement climatique « une pierre angulaire de l'Agenda stratégique européen 2019-2024 » et être chef de file d'un relèvement de l'ambition climatique mondiale.
Cela, dans l'intérêt du climat, mais dans celui aussi de l'économie européenne, selon une note informelle ('non paper') commune préparée par cette coalition et qui a fuité dans la presse.
À l’appui de leur détermination, ces pays qui constituent de longue date la ‘Coalition des plus ambitieux’ pour le climat invoquent en effet l’urgence mise en exergue par le dernier rapport spécial du GIEC. Selon ce rapport, seule une action climatique urgente et ambitieuse permettra d’atteindre l’objectif de limiter le réchauffement mondial moyen à 1,5 degré Celsius.
Mais les huit pays insistent aussi sur les opportunités qu'offrirait une transition socialement juste vers la neutralité climatique, « pour la croissance économique, l’emploi, la qualité de vie, la santé publique et la biodiversité ».
« La transition vers une économie à zéro émission nette fournira une opportunité importante pour nos entreprises de prendre la tête de la modernisation et la transformation de l’économie européenne et devenir des chefs de file mondiaux dans les technologies à faibles et à zéro émission(s) », soulignent-ils.
Neutralité climatique à l'horizon 2050 au plus tard. Ces huit gouvernements estiment que l’UE devrait se doter, d’ici à 2020, d’une stratégie de long terme ambitieuse visant à atteindre zéro émission nette à l'horizon 2050 au plus tard (une exigence conforme aux attentes formulées par le Parlement européen actuel). L'UE devrait ainsi annoncer cet objectif au sommet onusien 'Action pour le climat', convoqué le 23 septembre à New York par le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, pour tenter de relever le niveau d'ambition mondiale.
En mars dernier, le Conseil européen s’était prononcé en faveur d’une future stratégie de long terme visant la neutralité climatique de l'économie européenne, mais il n’avait pas mentionné l'horizon 2050 pour atteindre cet objectif, au grand dam de la 'Coalition des plus ambitieux'. Les chefs d'État ou de gouvernement étaient néanmoins convenus de revenir sur le sujet en juin (EUROPE 12220/4).
Relever l'objectif 2030. Les huit pays souhaitent aussi que l'Union s'engage à renforcer sa contribution à l'Accord de Paris (contribution déterminée au niveau national ou NDC) d'ici à 2020, « en vue de stimuler une hausse du niveau d'ambition mondial ».
Rappelons que cette contribution porte sur une réduction d'au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l'UE à l'horizon 2030 par rapport au niveau de 1990, mais pourrait, selon la Commission européenne, atteindre 45 % si toute la législation du cadre Énergie/Climat est intégralement mise en œuvre.
Au moins 25 % des dépenses du futur budget pour le climat. Pour aider à réussir la transition de l'UE vers la neutralité climatique, les huit pays souhaitent que le cadre financier pluriannuel 2021-2027, actuellement négocié, consacre au moins 25 % des dépenses à des projets de lutte contre le changement climatique. Et l'UE devrait s'abstenir de financer toute politique qui nuirait à cet objectif.
L'ONG CAN Europe a salué cette note, considérant qu'elle rejoint l'Appel à l'Action pour le climat, signé la veille par une très large coalition d'acteurs européens territoriaux et de la société civile (EUROPE 12249/13).
Pour voir la note informelle en anglais : http://bit.ly/2WtxOrb. (Aminata Niang)