L'Union européenne a rendu hommage, mercredi 17 avril, au « courage et à la détermination extraordinaires » du peuple soudanais dans sa demande de changement pacifique qui a débouché sur « la disponibilité affichée par le Conseil militaire de transition à engager des négociations avec toutes les forces politiques ».
Ce sont les termes d'une déclaration publiée par la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l'UE, Federica Mogherini, soulignant que le passage du pouvoir à une autorité de transition civile est le seul moyen de permettre « un processus politique pacifique, crédible et inclusif pouvant rencontrer les aspirations de la société soudanaise ». L'UE salue à cet égard la position du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et assure être prête à fournir des mesures de soutien immédiates à une autorité civile de transition dès qu'elle sera en place.
Venue faire le point devant le Parlement européen sur la situation au Soudan, la Haute Représentante avait indiqué, mardi 16 avril, que l’UE s’alignait sur la position de l’Union africaine et ne reconnaîtrait en aucun cas la légitimité d’un gouvernement militaire. Elle avait reçu le plein soutien des eurodéputés, qui, comme elle, appellent à une transition civile immédiate ainsi qu’à un processus inclusif faisant droit aux aspirations légitimes du peuple soudanais.
« Il est clair que, sans une véritable transition, la crise au Soudan se poursuivra. Pour prévenir un tel scénario, il faut la passation rapide du pouvoir à un gouvernement civil de transition, avec une réelle autorité décisionnaire. Cela ouvrirait la voie à un processus politique pacifique, crédible et inclusif pour enfin accéder à l’exigence du peuple soudanais de réformes politiques et économiques », avait déclaré la Haute Représentante.
Elle avait annoncé que l'UE « soutient pleinement » l’Union africaine, qui, la veille, a exigé que la remise du pouvoir à une autorité de transition civile intervienne dans les 15 jours et qu'elle conduise à un processus inclusif et consultatif pour s’entendre sur les modalités exactes de la transition devant conduire à des élections libres, justes et transparentes. « Aussi longtemps que ce ne sera pas le cas, l’UE ne reconnaîtra pas la légitimité du Conseil militaire de transition », a-t-elle précisé, ajoutant que l’UE est en revanche prête à accompagner la transition civile, dès qu’elle sera en place.
Les députés se sont tous prononcés en faveur d’une transition civile et nombre d'entre eux, à l’instar de Joachim Zeller (PPE allemand) et Enrique Guerrero Salom (S&D espagnol), ont appelé à une position cohérente des États membres ainsi qu’à l’aide du Service européen pour l’action extérieure pour prévenir le risque que « le Soudan devienne une deuxième Libye ». La gravité de la crise humanitaire, avec 6 millions de personnes au bord de la famine et plus d'un million de réfugiés, a également été soulignée.
De nombreux députés, dont Marietje Schaake (ADLE, néerlandaise), ont appelé à ce que le dictateur El-Béchir soit traduit devant la Cour pénale internationale. Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL, française) a demandé l'examen des flux financiers vers le Soudan et le respect de l'embargo sur les armes. (Aminata Niang)