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Bulletin Quotidien Europe N° 12231
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ÉCONOMIE - FINANCES / Finances

La Roumanie isolée dans sa perception du défi de la mobilité de la main-d’œuvre à l’intérieur de l’UE

Les ministres européens des Finances se sont penchés, samedi 6 avril, lors de leur réunion informelle à Bucarest, sur l’impact de la mobilité de la main-d’œuvre dans l’UE sur les finances publiques des États membres. 

C’est la Présidence roumaine du Conseil de l’UE qui a décidé d’inscrire ce point à l’agenda. La Roumanie se sent en effet particulièrement affectée par la « fuite des cerveaux » d'est en ouest, qui contribuerait à ralentir sa croissance et la convergence des revenus dans le pays. 

« Bien sûr, il y a différents points de vue entre les pays. Il y a ceux qui reçoivent la force de travail et ceux qui perdent cet important facteur », a expliqué le ministre roumain, Eugen Orlando Teodorovici, à son arrivée à la réunion. 

Et la Roumanie appartient à cette seconde catégorie. « Dans notre économie, je pense qu'il manque au moins un million de travailleurs. Et nous devons faire quelque chose », a-t-il poursuivi. 

Les discussions ont eu lieu sur la base d’une étude du centre de réflexion CEPS qui décrit les effets aussi bien positifs que négatifs que la mobilité de la main-d’œuvre peut avoir sur l’économie (EUROPE 12229/26). 

Selon l’étude, un peu moins de 4 % des citoyens de l'UE en âge de travailler (20-64 ans) résident désormais dans un autre État membre que celui de leur nationalité. 

Un pourcentage qui cache cependant de grands écarts entre les États membres, selon le CEPS. En 2017, la proportion de ressortissants nationaux en âge de travailler vivant à l'étranger allait de 1 % en Allemagne et en France à près de 20 % en Roumanie. 

Voilà pour la mobilité des travailleurs. Mais sur la question spécifique de la « fuite des cerveaux » dans l’UE, l’étude minimise finalement le phénomène est/ouest que décrit la Roumanie. 

« Dans l’ensemble de l'UE, nous constatons [aujourd'hui] qu'il y a peu de différence d'est en ouest entre les taux de mobilité vers l'extérieur des travailleurs peu qualifiés et des travailleurs hautement qualifiés et donc, a priori, peu de signes d'une fuite continue des cerveaux actuellement. En revanche, les taux d'émigration du sud vers le nord dans la zone euro sont plus fortement orientés vers les personnes hautement qualifiées », conclut-elle. 

Durant la réunion, certains pays auraient réagi et indiqué que, même si la moyenne dans l’UE rendait ce phénomène marginal, il fallait tout de même regarder les situations au cas par cas, selon une source européenne. Au-delà de l’effet entre États membres, il faut aussi regarder l’effet par régions, a, en outre, souligné la Grèce. 

La Lituanie aurait notamment fait valoir qu’elle avait perdu 20 % de sa population depuis 1989 en raison de l’émigration, ce qui aurait eu des conséquences négatives sur les investissements publics. 

Globalement, les États membres ont donc reconnu qu’il s’agissait d’un problème et les pays les plus affectés voient la solution dans l’augmentation des instruments de convergence, mais n’ont pas réellement affiché une volonté d’inscrire ce sujet à l’agenda politique européen. Seule la Roumanie souhaite vraiment s'engager dans cette voie, assure notre source. Le pays aurait d’ailleurs été le seul à remettre en cause les conclusions de l’étude. 

Autre rebondissement : la discussion se serait rattachée à celle sur la capacité budgétaire pour la zone euro, déjà discutée la veille (EUROPE 12230/4). Plusieurs pays du Sud, dont la France, l’Italie ou encore le Portugal auraient estimé que ce sujet devrait être abordé dans le cadre des discussions sur la capacité budgétaire pour la zone euro. Selon nos informations, l’Espagne aurait réitéré son idée d’avoir un Fonds européen de stabilisation du chômage (EUROPE 12160/1). 

Pour la Finlande, ce sujet n’est pas un sujet qui concerne la zone euro. Le Danemark, quant à lui, aurait estimé qu’il s’agissait d’une question qui devrait être résolue dans le cadre de l’Union des marchés de capitaux. 

En conférence de presse, le ministre roumain a clairement fait savoir son mécontentement quant à l’issue des discussions. « Si j'utilise le langage de l'UE, je devrais dire que oui, nous sommes satisfaits des discussions. Mais […] je dois admettre que non, nous ne sommes pas satisfaits », a-t-il déclaré. 

Il s’est ensuite lancé dans une série d’annonces, assez confuses, évoquant notamment « un paquet [de mesures] très incisif » qui pourrait être mis en place par le gouvernement roumain pour « ramener la main-d’œuvre dans le pays ». 

Le ministre roumain a aussi annoncé qu’il souhaitait engager un dialogue avec les pays qui perdent de la main-d’œuvre pour développer une réponse commune. Il a en outre suggéré que les discussions se poursuivent lors de la prochaine réunion du Conseil ‘Ecofin’ en mai et que le sujet soit aussi discuté par les ministres européens de l’Emploi, en Conseil ‘Emploi, Politique sociale, Santé et Consommateurs’. Ce dernier point n’aurait pas été mentionné lors de la réunion ‘Ecofin’, assure notre source. 

La Roumanie n’entend en tout cas pas s’arrêter là. Elle envisage de demander plus d’informations sur les causes et les effets concrets de ce phénomène. Le pays souhaite en tout cas « quelque chose de beaucoup plus clair qu’aujourd’hui sur cette question spécifique », avant la fin de sa présidence. 

Et à ceux qui seraient tentés d’y voir uniquement un problème isolé roumain, M. Teodorovici répond que le sujet doit être discuté par l’UE dans son ensemble. « Nous sommes une famille et, si un membre de la famille n’est pas content, nous ne pouvons pas parler d’une famille heureuse », a-t-il conclu. (Marion Fontana)

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