Les ministres des Affaires étrangères et la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité ont appelé, lundi 8 avril, au calme et à la reprise des négociations politiques.
« J’appelle les dirigeants libyens, en particulier le général Haftar, à mettre fin aux activités militaires et à retourner à la table des négociations, sous les auspices des Nations Unies. Nous avons intérêt à éviter que la situation se détériore davantage », a souligné la Haute Représentante à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères', à Luxembourg. « Les dirigeants politiques et les militaires […] doivent enfin assumer la responsabilité d'assurer une transition pacifique », a-t-elle prévenu. Plus tôt dans la journée, elle avait estimé que « le défi consistait maintenant, pour les différentes factions et dirigeants libyens, à surmonter leurs intérêts personnels et à servir le peuple libyen ».
Selon Mme Mogherini, « il est dans l'intérêt de tous les États membres et des Libyens d'éviter que l’escalade militaire actuelle se développe encore plus jusqu’au niveau d'une guerre civile ».
La situation s'est dégradée alors même que les ministres se penchaient sur la question libyenne, un avion de combat attaquant le seul aéroport opérationnel de Tripoli et les combats s'intensifiant entre les forces d'Haftar et des milices rivales. « Ce n’est pas la première fois que nous vivons ce fait accompli sur le terrain militaire qui pourrait peut-être mener à des changements politiques », avait analysé la ministre autrichienne, Karin Kneissl à son arrivée au Conseil. Selon elle, « Haftar a visiblement ce qui manque en Libye : une force de combat manifeste, hiérarchisée, en état de fonctionner. En face, nous avons, à Tripoli, le gouvernement Sarraj, reconnu par la communauté internationale [...] et qui se trouve dans une situation difficile. Cette situation est avant tout définie militairement et la question est de savoir comment on peut transposer matériellement cette légitimité, afin que l’on n’aboutisse pas à une chute du gouvernement », avait-elle résumé.
Mme Mogherini souligne l’unité européenne
En fin de réunion, la Haute Représentante a insisté sur l’unité des Vingt-huit. Selon elle, s’il existait des divisions par le passé – notamment entre la France et l'Italie –, les ministres ont réalisé qu’une voix commune de l’UE était nécessaire « à un moment où d'autres acteurs régionaux semblent soutenir le processus de paix conduit par l'ONU d'une manière moins ‘convaincante’, pour employer un euphémisme ». « La responsabilité qui est sur nos épaules de montrer notre soutien aux efforts de l'ONU est extrême », a-t-elle prévenu. La Haute Représentante a estimé qu’« unie, l’UE tendrait la main aux parties et aux acteurs régionaux » pour pousser vers la paix et soutenir l’envoyé spécial de l’ONU, Ghassam Salamé, avec qui Mme Mogherini s’était entretenue avant le Conseil.
À son arrivée au Conseil, le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, avait mis l’accent sur les Nations Unies. Selon lui, il faut « encourager le Conseil de sécurité (UNSC) à prendre une mesure contraignante » pour que la violence cesse, car une guerre civile serait « catastrophique ». M. Asselborn a donc fait part de son étonnement face au silence de l’UNSC.
Mme Mogherini a aussi appelé à la pleine mise en œuvre de la trêve humanitaire pour permettre l'évacuation des civils et des blessés de la ville. (Camille-Cerise Gessant)